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Dans la chevelure marine de la déesse Yemanjá: des rites yoruba à la ferveur afro-brésilienne populairement ritualisée

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Philippe CHANSON : Laboratoire d'Anthropologie Prospective (LAAP) de l'Université de Louvain

Résumé de la communication

La communication traitera d’un sujet peu abordé et pourtant épique au Brésil : celui des ritualités réservées à la déesse de la mer d’origine yoruba, Yemanjá (ou Iemanjá), sur les côtes brésiliennes bordant l’Atlantique. Cette divinité afro-brésilienne majeure, témoin de la rupture originelle d’avec la terre-mère africaine et nourrissant tant d’espérances, fut d’abord célébrée dans les cultes reconstitués du candomblé, du macumba et de l’umbanda avant de prendre l’ascendant sur les masses populaires lui réservant un rite dévotionnel annuel aussi simple qu’intense.

Objet de mysticisme souvent désordonné teinté de vernis ésotériques, mais aussi devenue muse inspirante des peintres, des écrivains et des musiciens, Yemanjá reste l’exemple même d’un déplacement de rite africain qui, passant aux Amériques, a fini par se métamorphoser en une ritualisation scénique d’autant intéressante et imprévue que ce sont les débordements de sa popularité impensée qui auront généré de la réimaginer.

La démarche anthropologique de cette communication s’attachera à exposer la teneur de ces ritualités populaires adressées – selon différentes expressions parallèles – à Yemanjá au Brésil, ceci dans la ligne de ce qu’affirme Jean-Loup Amselle au sujet de la déterritorialisation d’une Afrique pouvant se penser en dehors même du continent africain, et de ce que Roger Bastide avait écrit sur « ces morceaux d’Afrique » passés dans le Nouveau Monde.

Résumé du colloque

On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.

L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.

Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.

Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.

De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
news icon Thème du colloque :
L’Afrique des rites
section icon Date : 29 mai 2019

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Titre du colloque :

L’Afrique des rites

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Thème du colloque :

L’Afrique des rites