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Dialogue et raisonnement : entre cognition et normativité

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Serge Robert

Résumé de la communication

Les sciences cognitives du raisonnement nous apprennent que les humains ont une tendance spontanée dans le raisonnement cognitif à faire des sophismes et des suppressions d’inférences valides. Nous analyserons ces deux types de tendances pour en tirer quelques conséquences : 1) notre tendance aux sophismes comprend des procédures abductives, qui nous portent à créer de l’information, à penser de manière convergente et à tendre vers le dogmatisme; 2) au contraire, notre tendance suppressive, nous porte à créer de la probabilité, à penser de manière divergente et à tendre vers le scepticisme. Nous soutiendrons qu’en contexte de raisonnement normatif, ces deux tendances sont souvent inhibées par la présence d’émotions de peur du tricheur et d’empathie envers l’altruiste.

Nous terminerons avec une thèse selon laquelle, grâce à leur grande plasticité neuronale, les humains ont récemment acquis une spécificité dans le monde animal, en pouvant transférer les procédures de raisonnement normatif aux contextes cognitifs, ce qui a rendu possibles la connaissance scientifique et l’avènement de la logique, et transférer les procédures de raisonnement cognitif aux contextes normatifs, ce qui a favorisé l’avènement de morales de la tolérance et de l’idée de démocratie. Nous ajouterons, enfin, quelques remarques sur la portée que notre analyse peut avoir sur l’intelligence artificielle.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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