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Mauricio RUIZ : UQO - Université du Québec en Outaouais
Il existe sur le territoire québécois deux termes consacrés pour désigner une seule et unique catégorie d’objets patrimoniaux. En effet, certains diront « patrimoine immatériel » alors que d’autres diront volontiers « patrimoine vivant » pour référer aux mêmes éléments d’un ensemble prenant pour motif les activités humaines patrimonialisées. Or, cette dualité terminologique repose-t-elle simplement sur une distinction superficielle pouvant se dissoudre dans un rapport d’équivalence entre des termes synonymiques, ou bien, est-ce là un partage plus profond, capable de marquer la limite entre des manières distinctes de concevoir une même réalité ?
La présente communication soulève ce questionnement afin de démontrer en quoi l’usage des qualificatifs d’immatériel et de vivant fait intervenir des fondements conceptuels particuliers à travers lesquels s’expriment des sensibilités opposées dans le champ du patrimoine culturel. Cet état des faits permet alors d’exposer les frontières et les dialogues intracommunautaires engendrés par le rapport dynamique entre des appellations aux tonalités dissonantes. La question initiale offre l’occasion d’adresser aussi les défis pratiques que pose une nomenclature aux frontières sémantiques floues dans l’organisation des mesures visant à protéger ce type de patrimoine nouvellement institué au Québec.
Les frontières reviennent en force, elles se multiplient et se durcissent, malgré la promesse de leur ouverture, voire de leur disparition avec la mondialisation, une mobilité accrue et une démocratisation des technologies de communication. Le concept de frontière concerne les relations entre l’espace et la société. Ensuite, la frontière est la limite entre deux choses différentes, elle est ce qui délimite, départage. Le patrimoine, par son potentiel à marquer les frontières culturelles, participe aux enjeux urbains, muséaux, artistiques ou géographiques. Outre le patrimoine qui trace la frontière d’une identité locale, régionale ou nationale, le patrimoine peut être source de dialogue. C’est cette projection prometteuse qui favorise tant son actualisation que sa transmission. En quoi le patrimoine culturel représente-t-il le potentiel du dialogue interdisciplinaire, interculturel, intergénérationnel? Comment cohabite la pluralité des patrimoines politique, culturelle, linguistique, historique, notamment dans les régions frontalières? La notion de la région frontalière renverrait tant au caractère administratif d’un territoire qu’aux frontières des disciplines investies dans le champ patrimonial. Autrement dit, la problématique mise de l’avant concerne la gouvernance du patrimoine, mais aussi les propositions théoriques ou empiriques relatives à son étude et à sa médiation. Si la frontière comme le patrimoine sont les constructions, comment s’articulent les limites du patrimoine et de ses études? En fait, le patrimoine est à la fois ouvert et fermé au dialogue : d’une part, tout est potentiellement le patrimoine et, de l’autre, le patrimoine relève de lois strictes qui régissent sa désignation (acquisitions et intégrations aux collections muséales, reconnaissance gouvernementale ou municipale). Comment les institutions comme les universités participent-elles à la préservation et à la valorisation des patrimoines?
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