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Anouck Alary : Université de Montréal
Visant à produire des comportements sains en matière de consommation alimentaire et d’activité physique, les stratégies de santé publique entourant l’obésité déploient une logique de responsabilisation des citoyens dans la surveillance de leurs risques de surpoids. Face à des injonctions faisant de la gestion de son poids un enjeu d’inclusion sociale, ont émergés de nouvelles biosocialités constituant diverses manières pour les individus de négocier leur rapport aux normes instituées. Celles-ci vont de l’adhésion aux normativités portées par la santé publique (les foodies rejoignant certains discours santéistes) à une résistance à celles-ci (le Fat Activism se réappropriant le stigmate associé à la corpulence pour la revaloriser), en passant par le recours à la chirurgie bariatrique afin de réduire la distance entre le corps réel et le corps normal. Si ces stratégies sont contradictoires, elles ont pour point commun de faire de la catégorie médicale du surpoids l’enjeu d’une redéfinition du rapport à soi et aux autres. En interrogeant les injonctions de conduite portées par la santé publique, cette présentation visera à saisir le contenu du cadre normatif de référence dans lequel ces biosocialités se manifestent. Il s’agira de montrer comment l’individualisation des interventions de santé publique, en définissant le « bon citoyen » comme responsable, autonome et proactif dans la gestion de son poids, favorise l’émergence de nouvelles formes de biocitoyenneté (Rose, 2007).
Les phénomènes pathologiques, de marge, d’exclusion, de déviance et de transgression ont été étudiés par la sociologie en tant que révélateurs des normes sociales. La délinquance, la folie et la pauvreté se sont érigées en objets privilégiés de ce que l’on a nommé la « sociologie de la déviance ». Ce type d’analyse du social a constitué une grande stratégie pour soulever la normativité : la considérer par son « envers ».
Bien que cette stratégie conserve sa pertinence, différents défis lui sont posés, tant sur le plan de la réalité des phénomènes concrets à saisir que devant l’affinement des cadres conceptuels qui cherchent à lire la normativité. La diminution de la référence aux interdits et la multiplication de repères « positifs » comme l’autonomie, la responsabilité, la performance, l’adaptation, la santé mentale composent aujourd’hui le climat normatif dans lequel évoluent les individus. Ces injonctions de conduite tendent à modifier les grilles de lecture de la normativité sociale et nous poussent à repenser différemment les formes d’action au quotidien.
Ce colloque propose de réfléchir à la normativité sociale dans son « endroit », et ce, à partir d’une diversité d’objets. Il s’agit ainsi d’une invitation à faire le pas vers une analyse sur le plan de la conformité en soulevant les différentes problématiques contemporaines qu’elle évoque : qu’est-ce qu’un « bon » patient? Qu’est-ce qu’une sexualité « épanouie »? Comment se conduit un jeune adolescent « exemplaire »? À « quoi performe » un individu performant? Qu’est-ce qu’une masculinité « saine »? De manière plus large, que peut nous apporter la sociologie des problèmes sociaux afin d’éclairer les conformités contemporaines? Plus encore, comment analyser la normativité sociale dans les phénomènes de normalité, c’est-à-dire en ajoutant l’étude de la conformité à l’étude de la marge ou de la transgression?
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