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Pascal Priori : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le cadre réglementaire sur les pesticides et plus spécifiquement sur les produits phytosanitaires dans l’Union européenne est l’objet de profondes remises en questions de la part des milieux politiques, institutionnels, académiques et de la société civile. Dans un contexte d’utilisation croissante des pesticides, cette remise en question s’appuie, d’une part, sur une forte demande citoyenne de plus grande transparence et d’accès à une saine alimentation et s’appuie, d’autre part, sur un constat d’effondrement massif de la biodiversité, dont les apiculteurs sont les témoins.
Pour illustrer ces enjeux, la conférence se penchera sur la catégorie d’insecticides la plus vendue dans le monde, les néonicotinoïdes, ces « tueurs d’abeilles », encore massivement utilisés au Canada et Québec, alors que certains viennent d’être interdits dans l’UE. Cette classe d’insecticide dite systémique a été massivement propagée dans l’environnement en raison de son utilisation en enrobage des semences et de ses caractéristiques (toxicité, rémanence, hydro-solubilité). Compte tenu des impacts de ces insecticides, les exigences de rigueur, d’indépendance et de transparence de la recherche s’avèrent cruciales. En témoigne, au Québec, le récent renvoi d’un agronome de carrière suite à sa dénonciation de l’ingérence d’intérêts privés dans la recherche publique sur les néonicotinoïdes, menée au Centre de recherche sur les grains (CEROM).
Devant les crises enchevêtrées du climat, de la biodiversité et des extrêmes climatiques ouvrant de menaçants horizons d’emballement des grands cycles biogéochimiques de la planète, quelles sont les recherches, les politiques et les stratégies démocratiques à privilégier pour réduire, d’urgence, l’empreinte énergétique et agroalimentaire? L’érosion accélérée de la biodiversité conduisant à notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète, ponctuée par une réduction de 60% des populations d’espèces sauvages en 45 ans (WWF, 2018), témoigne à la fois des impacts des énergies fossiles, de ceux de l’industrie agroalimentaire et de leurs interrelations. Si la limitation draconienne des énergies carbonées au profit d’énergies alternatives s’impose alors d’évidence, s’imposent également de sérieuses remises en question des modèles agroalimentaires dominants. Mais de telles transformations exigent de solides analyses des enjeux socioéconomiques et politiques afin d’élaborer des stratégies de transition viables, réalistes et démocratiques doublées de politiques appropriées. Comment amorcer des transitions d’une telle ampleur sans un véritable travail de mise en démocratie, permettant d’inscrire ces enjeux à l’intersection des sphères du savoir, de la gouvernance, de l’innovation scientifique et sociale ainsi que des pratiques et usages des citoyens. C’est sous un double éclairage France-Québec, de recherches menées d’une part sur la transition énergétique, notamment dans les filières de l’éolien et de l’hydrogène, par les chercheurs du programme, TETHYS (transition énergétique, territoires, hydrogène et société), financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) en France et menées d’autre part sur la transition agroalimentaire par des équipes du CREPPA de l’UQAM, le Collectif de recherche écosanté sur les pesticides, les politiques et les alternatives, une équipe FQRSC, que se déploieront les réflexions croisées de ce colloque.
Les menaces d’écocide, accélérées par la flambée sans précédent des écarts socioéconomiques, amplifiées par la montée en puissance de régimes politiques autoritaires, procarbone voire climatosceptiques, et par une concentration inégalée de l’agroalimentaire, imposent une réflexion approfondie, sur le plan autant de la recherche que des politiques, sur les exigences de renouvellement démocratique des transitions énergétiques et agroalimentaires. C’est ce qu’entend explorer ce colloque, réunissant sous un même chapeau, lors d’une ouverture commune élargie, ces équipes liées par une entente cadre UQAM-UNICAEN. Ces questions seront ensuite déclinées par l’équipe françaises ANR (Normandie-Bourgogne projet hydrogène et démocratisation de la transition), et par l’Équipe québécoise du CREPPA. Ce colloque, sous les auspices de la Commission canadienne pour l’UNESCO et de l’Agence nationale de la recherche en France, accueillera des invités de marque, notamment d’instances de recherche françaises, québécoises et canadiennes, et du Club de Rome.
Titre du colloque :