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Mélanie Trottier : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’intensification technologique bouleverse actuellement les organisations, notamment en raison du remplacement de tâches par des applications issues de l’intelligence artificielle. Il en résulte un décalage important entre la rapidité avec laquelle les organisations intègrent ces applications et la connaissance que l’on a de leurs effets organisationnels. La séance propose une réflexion autour des enjeux organisationnels et managériaux de l’introduction de l’intelligence artificielle en milieu de travail en soulevant des questions telles que : quels sont les effets de ces changements sur le climat organisationnel, la satisfaction des employés, leur engagement, leur motivation, leur bien-être ou encore leur performance? Ces changements affectent-ils les relations de pouvoir au sein des organisations ? Commandent-ils de nouvelles formes de leadership? Engendrent-ils des rapports au travail différents ainsi que des changements identitaires ? Malgré les enjeux importants organisationnels et managériaux que risquent de soulever l’introduction de l’intelligence artificielle en milieu de travail, très peu de connaissances existent à l’heure actuelle sur ces derniers. La séance entend donc ouvrir la discussion en offrant quelques pistes de recherche potentielles.
Les développements récents en intelligence artificielle (IA) et particulièrement dans le domaine de l’apprentissage machine ont mené à des percées technologiques importantes (Le Cun, Bengio et Hinton). L’IA permet de créer des systèmes de traitement du langage naturel, de reconnaissance de la voix, de l’image ou de reconnaissance faciale. Elle permet aussi de créer de la musique, des textes littéraires ou d’autres contenus artistiques. Elle trouve des applications en transport, en droit, en finance ou en médecine.
Par exemple, le Naval Medical Center de San Diego et Google AI auraient récemment développé un système capable de détecter des cellules cancéreuses du sein avec une fiabilité de 99 %, un taux supérieur ou équivalent à celui des pathologistes humains dans bien des cas. Dans leur livre The Second Machine Age, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee montrent comment l’IA peut transformer le monde du commerce en permettant d’automatiser ou d’optimiser des procédés existants, mais aussi en créant des modèles d’affaires complètement nouveaux, comme pouvaient l’être Facebook ou Google à leur époque.
Bref, l’IA nous promet une hausse de la productivité, de meilleurs soins de santé ou l’accès à de nouveaux savoirs. Mais elle n’est pas sans soulever des enjeux importants. Premièrement, on en sait peu sur les incidences de l’IA et sur la transformation de la dynamique sociétale. Deuxièmement, ce qu’on sait soulève des inquiétudes : comment rendre des comptes de l’usage d’une technologie dont la complexité interne dépasse parfois la capacité de compréhension des êtres humains? Comment éviter la discrimination algorithmique, les violations de la vie privée ou l’opacité souvent associées à l’usage de ces technologies? Comment réduire l’accroissement des inégalités économiques et l’apparition d’une nouvelle fracture numérique? Finalement, comment s’assurer de la juste appropriation de ces technologies par tous les acteurs impliqués, incluant ceux de la société civile?
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