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Kant et la singularité du dialogue comme stratégie argumentative dans la Nova dilucidatio

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Alexandre Brisson : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dans la section II de cet écrit de 1755, Kant est conscient de l’écueil dans lequel son principe de raison déterminante place la possibilité de la liberté et, conséquemment, de la responsabilité morale. En effet, si toute la série causale qui relie l’ensemble des événements du monde est déterminée, cela signifie que l’action de l’homme l’est également. Par conséquent, il n’agirait pas librement, mais en fonction de raisons antérieures qui ont déterminé la suite de ses actions. La question de la responsabilité morale se pose alors : comment peut-il être tenu responsable d’une action qu’il ne pouvait pas empêcher de se produire ? Pour répondre à cette question, Kant met en scène un dialogue où Caius et Titius se donnent la réplique sur le thème de la liberté. La première partie de cette communication décortique ce court dialogue qui prend en cours de route une direction singulière : Caius et Titius débattent au début de la possibilité de la liberté et finissent par s’entretenir en matière de théodicée. La deuxième partie examinera la contribution de ce dialogue au reste de l’ouvrage et spéculera sur les raisons qui ont pu motiver Kant à emprunter le dialogue comme stratégie argumentative.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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