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Ingrid Demoly : Université de Montréal
En dépit de déficits émotionnels et interpersonnels, certaines personnalités psychopathiques semblent pouvoir s’engager dans des comportements prosociaux, apparaître dignes de confiance et ainsi occuper de hauts postes (Babiak et al., 2010; Gao & Raine, 2010; Lilienfeld, Watts, & Smith, 2015). Toutefois, les émotions étant cruciales à toute interaction sociale (Gross & John, 2003; Srivastava et al., 2009), un paradoxe réside entre leur pauvreté affective et leur capacité d’adaptation sociale. Fondées sur des modèles neurocognitifs, certaines théories stipulent que la communication non verbale constituerait l’essentiel de la capacité à interagir avec autrui (Gallagher, 2005, 2008). Encodés sous la forme de représentations mentales, les individus auraient accès à un répertoire de comportements non verbaux dont ils pourraient faire usage tant pour comprendre autrui que pour transmettre des informations ou des émotions. Les personnalités psychopathiques, elles-mêmes sensibles aux indices non verbaux d’autrui (Book, Costello & Camilleri, 2013; Dinkins, 2015), semblent accéder à de telles représentations qu’elles pourraient par ailleurs solliciter afin de communiquer un message émotionnel à leurs interlocuteurs. Dans cette perspective, la communication non verbale pourrait représenter un mécanisme d’adaptation sociale des personnalités psychopathiques, leur permettant de palier leurs déficits émotionnels et interpersonnels.
La communication non verbale fait l’objet de milliers de publications scientifiques. La reconnaissance des expressions faciales, la sensibilité interpersonnelle ainsi que l’influence de la maladie mentale, de l’âge et de la culture sur la communication non verbale ne sont que quelques-uns des enjeux étudiés qui obtiennent plus d’attention de la part d’une communauté internationale de chercheur.e.s provenant de différents pays (p. ex., États-Unis, Angleterre, Canada, Pays-Bas, Italie, Australie) et domaines de recherche. La psychologie, la psychiatrie, la communication, la biologie, l’informatique et l’éthologie, entre autres, s’intéressent à la communication non verbale (Plusquellec et Denault, 2018). Tant pour le grand public que pour le milieu professionnel, les sciences de la communication non verbale représentent une incroyable source de connaissances afin de favoriser la prise de décisions éclairées et le développement de meilleures pratiques sur divers enjeux liés, entre autres, à des questions de ressources humaines ainsi que de santé, d’éducation et de justice. Malheureusement, leur incidence dans la francophonie soulève des questions. En effet, le nombre de publications scientifiques en français par rapport à celles en anglais est négligeable. De plus, au Québec et en France, depuis quelques années, des techniques et des approches n’ayant fait l’objet d’aucune évaluation par les pairs ont gagné en popularité auprès du grand public et du milieu professionnel. Les conséquences d’une telle situation ne sont pas à négliger. En effet, non seulement les connaissances douteuses peuvent nuire à la prise de décisions éclairées et au développement de meilleures pratiques, mais, pendant ce temps, les connaissances scientifiques qui pourraient les favoriser sont négligées. Devant un tel constat, la valorisation des connaissances scientifiques sur la communication non verbale dans la francophonie s’avère nécessaire et urgente.
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