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«La figure du “bon toxicomane” : quand la normativité sociale imprègne la santé»

LD

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Lise Dassieu : Université de Montréal

Résumé de la communication

À rebours des approches envisageant la consommation de drogues sous l’angle de la transgression, cette présentation s’intéresse aux représentations normatives du bon toxicomane intériorisées par les personnes utilisatrices de drogues (PUD) et véhiculées par les médecins. Notre propos est fondé sur des recherches sociologiques qualitatives menées au Québec et en France (au total 85 entrevues avec des PUD et des professionnel·es de santé, et l’observation de 45 consultations médicales). Nos entrevues auprès de PUD souffrant de douleur chronique mettent en lumière les tentatives de ces personnes pour se distancier des préjugés négatifs associés à la toxicomanie. La résistance à la douleur devient alors une forme de résistance à la stigmatisation. Les personnes s’affirment comme particulièrement “robustes”. Malgré leur état de santé dégradé, elles valorisent l’investissement dans des activités de travail physiquement éprouvantes. Le travail imprègne également la définition du bon toxicomane à l’oeuvre chez les médecins. Dans la prise en charge médicale des PUD, l’injonction à l’insertion socio-professionnelle et à l’effort de contribution à la collectivité s’entremêle avec l’objectif clinique de sortie de la dépendance. Nos recherches montrent que lorsque la figure idéal-typique du bon toxicomane se confond avec celle du bon travailleur, des enjeux normatifs d’ordre moral et social peuvent renforcer les inégalités face à la santé et aux soins pour les personnes marginalisées.

Résumé du colloque

Les phénomènes pathologiques, de marge, d’exclusion, de déviance et de transgression ont été étudiés par la sociologie en tant que révélateurs des normes sociales. La délinquance, la folie et la pauvreté se sont érigées en objets privilégiés de ce que l’on a nommé la « sociologie de la déviance ». Ce type d’analyse du social a constitué une grande stratégie pour soulever la normativité : la considérer par son « envers ».

Bien que cette stratégie conserve sa pertinence, différents défis lui sont posés, tant sur le plan de la réalité des phénomènes concrets à saisir que devant l’affinement des cadres conceptuels qui cherchent à lire la normativité. La diminution de la référence aux interdits et la multiplication de repères « positifs » comme l’autonomie, la responsabilité, la performance, l’adaptation, la santé mentale composent aujourd’hui le climat normatif dans lequel évoluent les individus. Ces injonctions de conduite tendent à modifier les grilles de lecture de la normativité sociale et nous poussent à repenser différemment les formes d’action au quotidien.

Ce colloque propose de réfléchir à la normativité sociale dans son « endroit », et ce, à partir d’une diversité d’objets. Il s’agit ainsi d’une invitation à faire le pas vers une analyse sur le plan de la conformité en soulevant les différentes problématiques contemporaines qu’elle évoque : qu’est-ce qu’un « bon » patient? Qu’est-ce qu’une sexualité « épanouie »? Comment se conduit un jeune adolescent « exemplaire »? À « quoi performe » un individu performant? Qu’est-ce qu’une masculinité « saine »? De manière plus large, que peut nous apporter la sociologie des problèmes sociaux afin d’éclairer les conformités contemporaines? Plus encore, comment analyser la normativité sociale dans les phénomènes de normalité, c’est-à-dire en ajoutant l’étude de la conformité à l’étude de la marge ou de la transgression?

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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