Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Amélia Legavre : Sciences Po
Nous présentons les résultats d’une recherche doctorale en cours en sociologie de l'éducation (dir. A. van Zanten) portant sur la personnalisation des expériences scolaires en France. Pour cette étude, quatre classes de CM1-CM2 ont été sélectionnées pour leur pédagogie « alternative » et leur composition sociale mixte. Dans un premier temps, nous définissons l’alternative en éducation, relativement à la forme scolaire, régie par des règles impersonnelles s’imposant sur la discipline autant que sur les disciplines (Vincent, 1994). Les propositions alternatives militent ainsi pour une « personnalisation » de l’école. Concrètement, celles-ci s’observent sur le terrain grâce à une grille inspirée des travaux de Bernstein, faisant état des inflexions de ces pédagogies en termes de classification et de cadrage (Bernstein, 2007). Ainsi se dégagent trois grandes modalités de personnalisation de l’école : l’expression de soi dans les apprentissages, l’attention portée aux relations harmonieuses entre les membres, une certaine liberté de choix accordée aux élèves. Enfin, nous interrogeons les élèves afin de saisir leur expérience face à ce type de pratiques (Dubet et Martucelli, 2014). Il en ressort trois types d’épreuves pouvant jouer sur la mobilisation des élèves à l’école : une inégale appropriation des activités expressives ; des démobilisations face aux contradictions discours/pratiques des enseignants ; les plaisirs et difficultés liés à la gestion d’une certaine liberté.
Dès la fin du XIXe siècle, la volonté de dépasser la tradition pédagogique en place dans les institutions scolaires engendre le mouvement des écoles nouvelles, porté par de grands pédagogues tels que Tolstoï, Dewey, Montessori, Ferrer, Claparède, Neil et Freinet. Au Québec, le mouvement des écoles alternatives apparaît au sein du système scolaire public à l’ouverture de l’école Jonathan en 1974 (RÉPAQ, 2008). Parallèlement, la pratique millénaire de l’apprentissage en famille (homeschooling) prend de l’expansion en Amérique du Nord et en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle (Gaither, 2008).
Aujourd’hui, en France, les écoles nouvelles connaissent un regain d’intérêt (Viaud, 2017). Les enseignants des écoles publiques sont de plus en plus nombreux à déclarer utiliser les pédagogies « nouvelles » : ils intègrent la pédagogie Montessori au sein d’écoles maternelles; ils appliquent la pédagogie coopérative (Freinet) dans leur classe; ils œuvrent dans des écoles membres de la Fédération des établissements scolaires publics innovants. Au Québec, le Réseau des écoles publiques alternatives témoigne également d’un nouvel élan, une vingtaine de projets de nouvelles écoles s’ajoutant aux 45 établissements existants (Conseil supérieur de l’éducation, 2016; Pion, 2016). De plus, la popularité grandissante de l’apprentissage en famille pousse les gouvernements à revoir leur législation pour préciser le rôle des instances publiques eu égard à cette forme d’éducation, notamment en France en 2016 (décret n° 2016-1452), au Québec en 2017-2018 (projet de loi no 144 et décret 644-2018) et en Suisse, où le canton de Vaud a récemment annoncé cette intention (Rippstein, 2018).
Encore peu étudiés dans la francophonie, ces mouvements éducatifs alternatifs doivent être mieux connus, compris et scientifiquement appuyés. En effet, ils soulèvent plusieurs questions pédagogiques, sociales et de gouvernance. De plus, leur étude présente des défis conceptuels et méthodologiques particuliers.
Titre du colloque :