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Audrey-Anne Dumais Michaud : Université Laval
Les tribunaux de santé mentale sont apparus comme une solution novatrice afin de s’attaquer aux causes menant à des accusations pour des personnes ayant un problème de santé mentale. Les données présentées dans le cadre de cette communication émergent d’une thèse de doctorat portant sur les tribunaux de santé mentale où les résultats convergent vers une notion forte : l’adhérence à une triple conformité. En effet, différents cas de figure ont servi d’exemples afin de construire ce thème central à la justice thérapeutique. Le thème de la conformité est dit triple puisqu’il impose aux personnes accusées d’agir selon des normes établies sur les plans social, mental et judiciaire. Cette triple conformité se dégage clairement du discours des acteurs du tribunal qui misent sur des pratiques plurielles afin de transformer l’individu déviant en une figure canonique. Les justiciables sont ainsi poussés à se raconter dans un récit civil dévoilant leurs ressources et leur capacité à se conformer. À chacune des comparutions, ils devaient prouver qu’ils avaient adopté des comportements conformes. Cette transformation de l’individu illustre que ce dernier est considéré comme un sujet autonome, responsable, actif et capable de s’en sortir. Ce nouveau dispositif judiciaire intégrant différentes stratégies d’intervention travaille de manière étonnante les contours de l’individu déviant.
Les phénomènes pathologiques, de marge, d’exclusion, de déviance et de transgression ont été étudiés par la sociologie en tant que révélateurs des normes sociales. La délinquance, la folie et la pauvreté se sont érigées en objets privilégiés de ce que l’on a nommé la « sociologie de la déviance ». Ce type d’analyse du social a constitué une grande stratégie pour soulever la normativité : la considérer par son « envers ».
Bien que cette stratégie conserve sa pertinence, différents défis lui sont posés, tant sur le plan de la réalité des phénomènes concrets à saisir que devant l’affinement des cadres conceptuels qui cherchent à lire la normativité. La diminution de la référence aux interdits et la multiplication de repères « positifs » comme l’autonomie, la responsabilité, la performance, l’adaptation, la santé mentale composent aujourd’hui le climat normatif dans lequel évoluent les individus. Ces injonctions de conduite tendent à modifier les grilles de lecture de la normativité sociale et nous poussent à repenser différemment les formes d’action au quotidien.
Ce colloque propose de réfléchir à la normativité sociale dans son « endroit », et ce, à partir d’une diversité d’objets. Il s’agit ainsi d’une invitation à faire le pas vers une analyse sur le plan de la conformité en soulevant les différentes problématiques contemporaines qu’elle évoque : qu’est-ce qu’un « bon » patient? Qu’est-ce qu’une sexualité « épanouie »? Comment se conduit un jeune adolescent « exemplaire »? À « quoi performe » un individu performant? Qu’est-ce qu’une masculinité « saine »? De manière plus large, que peut nous apporter la sociologie des problèmes sociaux afin d’éclairer les conformités contemporaines? Plus encore, comment analyser la normativité sociale dans les phénomènes de normalité, c’est-à-dire en ajoutant l’étude de la conformité à l’étude de la marge ou de la transgression?
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