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Le Dialogue comme exercice de la pensée, selon Montaigne

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Zoraia RIBEIRO DOS SANTOS : Université de Montréal

Résumé de la communication

Pour Montaigne, le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit est la conférence, soit le dialogue, ainsi que tout débat et toute communication orale. Dans son temps, le terme conférence signifie la conversation, ou la discussion, exposée en public comme un art de bien parler, soumis à des règles, à des préceptes des arts et de politesse. Dans le chapitre l’Art de Conférer (III, 8), des Essais, le philosophe nous donne une espèce de propédeutique en la matière, en publiant et accusant ses imperfections à lui. De plus, il y présente, d’un côté, parmi plusieurs critiques, celles contre le pédantisme académique, l’Éducation, la Science, le discours centré dans l’autorité. De l’autre côté, il décrit un ensemble de caractéristiques d’une pragmatique, sans revendiquer pourtant une valeur absolue et incontestable. Par conséquent, la conférence devient un moyen par lequel il exerce les idées, dans la manière dont il en fait usage, afin de former continuellement ses jugements. Montaigne y met le dialogue libre en exergue par l’idée de passer par-dessus les règles populaires de la civilité, en faveur de la vérité et de la liberté, avec originalité et indépendance. En ce sens, la manière de faire la conférence s’aligne à la démarche intellectuelle des Essais, révélant encore plus ce qu’est l’homme.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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