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Thierry Côté : Université de Montréal
Jean-Jacques Rousseau et Adam Smith se sont tous deux livrés à une réflexion approfondie sur la question des pouvoirs imitatifs de la musique en adoptant des démarches et des conclusions tout à fait opposées. Partant d’un postulat normatif : la musique doit imiter les passions sous peine de se réduire à une vaine excitation des sens, Rousseau façonne une conception originale de l’imitation musicale qu’il livrera notamment dans les articles de musique rédigés pour l’Encyclopédie et plus tard dans le Discours sur l’origine des langues. Smith, qui discute explicitement certaines thèses de Rousseau dans son Essay on the Nature of that Imitation which takes place in what are called the Imitative Arts, adopte une démarche plus empirique et envisage la musique comme un cas esthétique limite mettant en échec le pouvoir explicatif de la catégorie d’imitation. Je me propose de reconstruire ce débat en envisageant les thèses respectives de Rousseau et Smith comme deux réponses possibles et opposées à la question de savoir si la musique représente quelque chose. Pour l’un, son pouvoir mimétique est illimité ; pour l’autre, il est simplement nul.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.