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Andrés Lema-Hincapié : University of Colorado Denver
Tout d’abord, je compte explorer l’engrenage des arguments ainsi que la matière proprement littéraire de la pensée de Marc Renault dans ses quatre œuvres majeures: Déterminisme et liberté dans L’Action de Maurice Blondel (1965), Le Singulier: Essai de monadologie (1979), Sur l’existence de la métaphysique (1988) et La liberté confisquée : Essai sur le cléricalisme (2000). Afin de préserver la complexité de la pensée de Renault, je me limiterai à deux types d’exemples de sa démarche : il s’agira, en premier lieu, d’exemples concernant des arguments nés en dialogue avec la pensée morale et religieuse de Kant. Ce dialogue semble tourner souvent autour des tensions fortes entre une foi imposée – Renault luttera contre la hiérarchie autoritaire du catholicisme de Rome – et une foi liée à une possible volonté autonome pour le croyant. Finalement, les exemples du deuxième type illustrent les procédés littéraires dont la pensée de Marc Renault se sert pour donner une texture esthétique à sa pensée. Donc, je soulignerai la portée des tropes, des usages privilégiés ou restrictifs de mots, des genres d’écriture – descriptives, dialogiques ou narratives – et des images de cette même pensée.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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