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Aurélien Chastan : Université d'Ottawa
Après J. Wahl, c’est en posant le problème d’une renaissance de l’ontologie qui reprenne les questionnements de l’empirisme pluraliste anglo-américain que G. Deleuze a mis au jour la philosophie comme une sorte de science-fiction marxiste, en dialogue avec son propre fond : le délire sur l’histoire, les races, les continents, les cultures. Elle serait aussi, pour une part, un art dialogique qui peut rendre polyphoniquement manifeste, par anticipation, des modes d’existence à l’état latent, non capitalistes. Or il est remarquable que la science-fiction elle-même ait pu, après coup, envisager, de manière fantaisiste, « une future Renaissance américaine dans la lignée de la longue tradition révolutionnaire de Berkeley » (N. Spinrad, Le printemps russe, chap. 15) quand on sait que, dans l’histoire de la philosophie américaine, le monisme communiste pré-soviétique est un fait : dans le cadre circonscrit par les interrogations récentes sur l’histoire de l’histoire de la science politique (J. G. Gunnell), c’est sur ce moment philosophique américain communiste (connu en français depuis 1955 suite aux travaux de H. W. Schneider à ce sujet) que je propose de revenir, en tant qu’envers précurseur du pluralisme philosophique américain et de la schizoanalyse deleuzienne.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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