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Mathieu Copeland : Commissaire d'expositions
Ce qui reste d’une exposition se cristallise dans son catalogue, dans les matériaux et les souvenirs. Pourtant, une exposition passée est également un matériau, de ce fait, peut être repris plus tard, dans des contextes différents. En 2011, la série Reprise proposait la reprise d’une exposition comme une tentative d’envisager sa mémoire, de la réinsérer dans le réel en utilisant son catalogue comme une partition en vue de jouer une autre exposition potentielle. Les réalités passées sont réappropriées et revisitées par la présentation du bootleg d’une exposition. Qu’il s’agisse de Vides. Une Rétrospective (2009) ou Une Rétrospective d’Expositions Fermées (2016) – deux expositions rétrospective d’expositions, de Anti-Museum (2017), mais aussi de Suites pour exposition(s) et publication(s) (2013-2014), toutes sont autant de références et d'expériences à contextualiser. Nous adresserons ce qu’une exposition peut être pour en déconstruire l’acceptation normée. En réinventant les formes que les expositions peuvent revêtir et en adressant leur matérialité inhérente, nous nous confrontons à l’appareil qui forme leurs contextes pour combattre leur nature acceptée. Cela redéfinit ce que curaté est, tout en questionnant les théories et le rôle du commissariat d'exposition. Faire exposition est affirmer une voix. Un curateur est tour à tour et simultanément dramaturge, chorégraphe, cinéaste ou encore écrivain. Il construit un répertoire et affirme une approche unique de son art.
L’œuvre Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique (1987) de Jana Sterbak était présentée en 1991 au Musée des beaux-arts du Canada, dans l’exposition monographique States of Being/Corps à corps (Nemiroff, 1991). L’œuvre de chair qui était présentée dans un musée d’État en pleine période de récession économique a soulevé de vifs débats politiques, sociaux et médiatiques qui ont surtout porté sur la fonction de l’art, la liberté d’expression et le rôle de l’État (Lamoureux, 2001). Qu’en est-il de cette polémique aujourd’hui et en quoi la reconstitution d’une exposition peut-elle être une pratique servant à revisiter son histoire? Le colloque qui s’inscrit dans le cadre de l’exposition La Robe de chair au Musée national : expositions, reconstitution (Galerie UQO, 15 mai au 22 juin 2019) porte sur la reconstitution des expositions et leur apport à la production du savoir et de la création. La contribution d’historiens de l’art, de muséologues et d’artistes qui ont considéré dans leurs travaux théoriques et pratiques ce sujet servira à situer l’apport de l’exposition à la Galerie UQO et d’autres initiatives canadiennes dans une perspective internationale.
Bien que l’exposition soit devenue une pratique courante dès le XVIIIe siècle, elle constitue un domaine d’études récent menant à s’interroger sur les particularités des expositions reconstituées ainsi que sur les types de savoirs et d’expériences qu’elles sont à même de produire (Copeland et Dulguerova, 2010; Greenberg, 2012). Parfois, une œuvre particulière aura marqué les imaginaires, tandis que d’autres expositions seront significatives pour l’originalité de leur thème ou de leur mise en espace. Leur reconstitution pourra entretenir une visée commémorative, confronter les perspectives, se faire œuvre. Au-delà de son importance historique, l’exposition serait ainsi un dispositif signifiant, ce que les procédés de reconstitution arriveraient à mettre en valeur.
DULGUERROVA, E. (dir.) (2010). Intermédialités, exposer/displaying, no 15.
GREENBERG, R. (2012). « Archival Remembering Exhibitions », Journal of Curatorial Studies, nos 1-2, p. 159-177.
LAMOUREUX, J. (2001). « Vanitas ou la guerre cachée des expertises », dans Hugues, L., et M.-J. Lafortune (dir.) Penser l’indiscipline : recherches interdisciplinaires en histoire de l’art, Montréal, Optica, p. 165-175.
NEMIROFF, D. (1991). Jana Sterbak : corps à corps, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada.
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