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Les freins à l'extension des pratiques alternatives dus aux militants pédagogiques eux-mêmes

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Yves Reuter : Université de Lille

Résumé de la communication

Je me propose de préciser certains freins au développement des pratiques alternatives dus, paradoxalement, aux enseignants qui s’investissent dans ces pédagogies et qui les prônent. J’en suis arrivé, au travers des recherches que j’ai menées et que je mène encore (école Freinet de Mons, école Vitruve de Paris…), à distinguer provisoirement cinq catégories de problèmes. Je les mentionne ici en indiquant certains des aspects qui les composent et que je préciserai lors de mon intervention:

- celle du militantisme: incluant la conviction d’avoir raison, le sentiment qu’il existe une stratégie unique, le fait de se priver de certains moyens d’intervention, un discours monolithique sur la rupture avec les pratiques classiques, des relations conflictuelles avec l’institution, la construction d’un citoyen pour une société idéale...

- celle de l’investissement: engendrant fatigue et porosité entre vie privée et vie professionnelle et s’opposant à certains discours syndicaux...

- celle des relations entre pédagogie et discipline: avec une construction oppositionnelle de ces deux entrées...

- celle de la sous-estimation de l’érosion des dispositifs...

- celle du rapport problématique à la transmission: avec, entre autres, la question des nouveaux arrivants...

Résumé du colloque

Dès la fin du XIXe siècle, la volonté de dépasser la tradition pédagogique en place dans les institutions scolaires engendre le mouvement des écoles nouvelles, porté par de grands pédagogues tels que Tolstoï, Dewey, Montessori, Ferrer, Claparède, Neil et Freinet. Au Québec, le mouvement des écoles alternatives apparaît au sein du système scolaire public à l’ouverture de l’école Jonathan en 1974 (RÉPAQ, 2008). Parallèlement, la pratique millénaire de l’apprentissage en famille (homeschooling) prend de l’expansion en Amérique du Nord et en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle (Gaither, 2008).

Aujourd’hui, en France, les écoles nouvelles connaissent un regain d’intérêt (Viaud, 2017). Les enseignants des écoles publiques sont de plus en plus nombreux à déclarer utiliser les pédagogies « nouvelles » : ils intègrent la pédagogie Montessori au sein d’écoles maternelles; ils appliquent la pédagogie coopérative (Freinet) dans leur classe; ils œuvrent dans des écoles membres de la Fédération des établissements scolaires publics innovants. Au Québec, le Réseau des écoles publiques alternatives témoigne également d’un nouvel élan, une vingtaine de projets de nouvelles écoles s’ajoutant aux 45 établissements existants (Conseil supérieur de l’éducation, 2016; Pion, 2016). De plus, la popularité grandissante de l’apprentissage en famille pousse les gouvernements à revoir leur législation pour préciser le rôle des instances publiques eu égard à cette forme d’éducation, notamment en France en 2016 (décret n° 2016-1452), au Québec en 2017-2018 (projet de loi no 144 et décret 644-2018) et en Suisse, où le canton de Vaud a récemment annoncé cette intention (Rippstein, 2018).

Encore peu étudiés dans la francophonie, ces mouvements éducatifs alternatifs doivent être mieux connus, compris et scientifiquement appuyés. En effet, ils soulèvent plusieurs questions pédagogiques, sociales et de gouvernance. De plus, leur étude présente des défis conceptuels et méthodologiques particuliers.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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