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Dominique Lahanier Reuter : Université de Lille
Nous nous appuyons sur une recherche qui a été menée durant cinq ans auprès des enseignants et des élèves d’une école fonctionnant en pédagogie Freinet dans une banlieue populaire du nord de la France. Plus particulièrement, nous décrivons l’organisation de l’enseignement des mathématiques dans cette école primaire. Celui-ci se décline selon deux types d’activités : la première est celle des recherches que chaque élève assume avec l’aide du maître, puis expose à l’ensemble de la classe. La seconde est celle du boulot qui rassemble les exercices destinés à automatiser certaines procédures : calculs, formules, etc. Nous nous intéressons plus particulièrement à décrire les deux positions offertes dans ces deux activités, celle d’auteur et celle d’exécutant. Pour cela, nous analysons des séances de travail d’exposé en public de recherches mathématiques. Nous étudions tout d’abord comment les enseignants rendent disponibles ces deux postures. Ensuite nous interrogeons les façons dont les élèves les identifient, comment ils acceptent ou refusent ces positions, se les approprient, s’en voient dépossédés parfois. Pour conclure, nous essayons de comprendre la ou les valeurs que les sujets de ces classes attribuent à ces deux positions : quels intérêts au vu de la discipline scolaire, quels avantages y voient-ils ? Cela nous permet alors de caractériser cet espace disciplinaire singulier.
Dès la fin du XIXe siècle, la volonté de dépasser la tradition pédagogique en place dans les institutions scolaires engendre le mouvement des écoles nouvelles, porté par de grands pédagogues tels que Tolstoï, Dewey, Montessori, Ferrer, Claparède, Neil et Freinet. Au Québec, le mouvement des écoles alternatives apparaît au sein du système scolaire public à l’ouverture de l’école Jonathan en 1974 (RÉPAQ, 2008). Parallèlement, la pratique millénaire de l’apprentissage en famille (homeschooling) prend de l’expansion en Amérique du Nord et en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle (Gaither, 2008).
Aujourd’hui, en France, les écoles nouvelles connaissent un regain d’intérêt (Viaud, 2017). Les enseignants des écoles publiques sont de plus en plus nombreux à déclarer utiliser les pédagogies « nouvelles » : ils intègrent la pédagogie Montessori au sein d’écoles maternelles; ils appliquent la pédagogie coopérative (Freinet) dans leur classe; ils œuvrent dans des écoles membres de la Fédération des établissements scolaires publics innovants. Au Québec, le Réseau des écoles publiques alternatives témoigne également d’un nouvel élan, une vingtaine de projets de nouvelles écoles s’ajoutant aux 45 établissements existants (Conseil supérieur de l’éducation, 2016; Pion, 2016). De plus, la popularité grandissante de l’apprentissage en famille pousse les gouvernements à revoir leur législation pour préciser le rôle des instances publiques eu égard à cette forme d’éducation, notamment en France en 2016 (décret n° 2016-1452), au Québec en 2017-2018 (projet de loi no 144 et décret 644-2018) et en Suisse, où le canton de Vaud a récemment annoncé cette intention (Rippstein, 2018).
Encore peu étudiés dans la francophonie, ces mouvements éducatifs alternatifs doivent être mieux connus, compris et scientifiquement appuyés. En effet, ils soulèvent plusieurs questions pédagogiques, sociales et de gouvernance. De plus, leur étude présente des défis conceptuels et méthodologiques particuliers.
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