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HASSANA PN : Université de Ngaoundéré
Les rites funéraires désignent l’ensemble des cérémonies civiles ou religieuses accomplies pour rendre les honneurs suprêmes à un mort. En Afrique en général et chez les peuples daba en particulier, le rite funéraire n’est pas seulement une cérémonie qui vise à faire disparaître le corps matériel du défunt, mais il permet de comprendre le fondement des croyances religieuses. À travers une étude spécifique des rites funéraires, ce travail se propose de révéler le sens de cette cérémonie pour comprendre la cosmogonie et l’anthropogonie des Daba, qui constituent un peuple d’Afrique centrale et occidentale, principalement établi dans la région septentrionale du Cameroun et du Nigeria. En combinant la théorie de l’écologie culturelle à la synthèse des données écrites et orales, cette étude permet de décrire la spécificité de cette culture par rapport aux autres rites d’Afrique. La mise en pratique de la théorie culturaliste et de l’approche pluridisciplinaire dans ce travail permet de comprendre l’influence de la modernité sur l’originalité des rites funéraires des Daba aujourd’hui. Cette démarche combinatoire vise davantage à expliquer l’altérité exotique et le devenir des rites funéraires des Daba en contexte postcolonial.
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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