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Valérie Lapointe Gagnon : University of Alberta
Au cours des années 1960, le Canada est traversé par de multiples courants de contestation de l’ordre traditionnel, marqué par une certaine anglo-conformité. Plusieurs intellectuels s’inquiètent de la pérennité de l’aventure canadienne dans un contexte d’errance identitaire et de montée d’un nouveau nationalisme au Québec, plus revendicateur. Pour certains d’entre eux, tant anglophones que francophones, l’avenir du pays passe par une reconnaissance accrue de sa diversité et surtout de sa dualité. Cette communication s’intéresse à l’esprit de cette époque et à celui de la Loi sur les langues officielles en retournant aux débats intellectuels qui ont mené à son adoption. En nous appuyant sur une recherche dans les fonds d’archives de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme et de ses commissaires, nous voulons montrer comment la loi n’était qu’un élément, parmi plusieurs autres, pour créer l’égalité réelle entre les communautés francophone et anglophone. Nous souhaitons également revenir sur le moment Laurendeau-Dunton, qui a permis une détente dans les relations entre les anglophones et les francophones et rendu possible à l’adoption d’une telle loi. Enfin, nous proposons de faire un parallèle entre le climat et l’époque et celui d’aujourd’hui afin de montrer ce qu’il reste de l’esprit humaniste et de collaboration qui a marqué les travaux de Laurendeau-Dunton.
C’est dans la foulée des travaux menés par la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, débutés en 1963, que le gouvernement canadien adopte en 1969 la Loi sur les langues officielles (LLO). Près de vingt ans plus tard, en 1988, une nouvelle LLO est adoptée afin de préciser plusieurs éléments de la première, de renforcer sa mise en œuvre et d’ajouter notamment la partie VII, dans laquelle le gouvernement « s’engage à favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et à appuyer leur développement ». Alors que la première LLO exprimait une vision individualiste des droits linguistiques, la partie VII apporte une perspective collective aux droits linguistiques.
Après 50 ans de mise en œuvre, le temps est propice pour faire un bilan de la LLO au regard des objectifs de la Loi, des aspirations et de l’évolution des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM). Il l’est d’autant plus qu’au printemps 2019 quatre consultations et études sont menées afin de réfléchir à la « modernisation » de la LLO. C’est le Comité sénatorial permanent sur les langues officielles qui a entrepris une première étude en 2017, étude qui est toujours en cours. Le commissaire aux LO du Canada a mené une consultation en 2018, suivi du Comité permanent sur les langues officielles à l’automne 2018. Puis, Patrimoine canadien et la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie ont amorcé une série de consultations en mars 2019 en organisant des forums partout au pays.
Dans le cadre du premier Forum, qui s’est tenu à Moncton, le 12 mars 2019, maître Michel Bastarache disait qu’il avait l’impression que « de plus en plus, la question des langues au Canada en est une qui intéresse presque exclusivement les francophones hors Québec ». Le contexte linguistique actuel au Canada contraste donc avec celui des années 1960, alors que le nationalisme québécois montant était perçu comme une menace à l’unité nationale.
Quel est donc le contexte politique actuel dans lequel se déroulent ces consultations et ces réflexions si on le compare à celui qui a donné naissance à la LLO? Quel effet peut entraîner ce contexte sur les résultats des consultations en cours et la modernisation de la LLO? Quelles sont les attentes, les visions et les aspirations des représentants et des citoyens des CLOSM à l’égard de la LLO et de sa mise en œuvre? Comment concevoir ces aspirations dans le cadre élargi des droits linguistiques au Canada, incluant les provinces et les territoires ainsi que le projet de loi sur les langues autochtones?
C’est pour mener cette réflexion et stimuler des échanges que nous souhaitons organiser ce colloque multidisciplinaire qui réunira des experts nationaux provenant de plusieurs disciplines et des intervenants qui font face quotidiennement aux défis que pose le contexte minoritaire.
English program : http://www.concordia.ca/cuevents/artsci/scpa/quescren/2019/05/28/50-years-OLA-Acfas.html
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