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Sophie Cloutier : Université Saint-Paul
Si la crise environnementale a une dimension globale, plusieurs penseur.es de l’éthique de l’environnement s’accordent pour dire que cette dimension globale ne doit pas masquer pour autant les différences régionales et que les solutions sont à trouver au niveau local. Dans son analyse de l’anthropocène comme nouveau grand récit, C. Larrère (2015) rappelle que le global n’existe que dans sa relation avec le local, véritable lieu de l’action et de la responsabilité. M.-H. Parizeau (2016) avance que les forces sociales pour faire face aux problèmes environnementaux se retrouvent dans les formes usuelles des cultures traditionnelles ou des cultures populaires et ordinaires. Elle mobilise le concept de diversité culturelle de l’UNESCO compris comme un dialogue continu entre le passé et le futur. Pour paraphraser Arne Naess, la diversité des cultures augmente les chances de survie, le développement et la richesse des formes de vie. Cependant, et c’est là le problème de fond qui nous intéressera, les savoirs traditionnels, les pratiques culturelles et les différents modes de relation à la nature sont occultés par les discours dominants à teneur économique et instrumental. On assiste donc à une sorte de processus de vulnérabilisation de certains types de savoir et de pratique, qu’on pourrait qualifier d’injustices épistémiques. L’éthique de l’hospitalité nous semble prometteuse pour relever ces difficultés et déploie un potentiel novateur pour l’éthique de l’environnement.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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