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Diana Nemiroff : Université d'Ottawa
On a beaucoup parlé du fait que Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique (1987), une œuvre-clé de l’exposition Jana Sterbak : States of Being/Corps à corps que j’ai organisée pour le Musée des beaux-arts du Canada en 1991, avait été exposée préalablement dans plusieurs villes au Canada, en Europe et aux États-Unis sans attirer la controverse. Cela implique bien sûr que la réaction d’Ottawa, qui a fait l’objet d’une couverture médiatique internationale dans une période brève mais intense de deux semaines, était en quelque sorte aberrante et reflétait quelque chose de « pas correct » avec le public local, le Musée des beaux-arts, les politiciens municipaux, le gouvernement fédéral ou une combinaison de tous ces éléments qui peut être entendue par le mot « Ottawa » pour beaucoup de canadiens.
Lorsque j’étais conservatrice au Musée des beaux-arts, je reconnaissais certainement les nombreuses particularités irritantes et parfois significatives d’Ottawa en tant que milieu de travail pour les arts, mais j’hésiterais à être d’accord avec ceux du monde des arts qui rejettent, comme insignifiante, la controverse autour de Vanitas. Dans cette communication, je tente de dégager les différents thèmes de la controverse tels qu’ils ont été rapportés par les médias et d’interpréter leur signification pour le musée en tant qu’institution sociale et culturelle. Deuxièmement, je considérerai le rôle joué par les médias par rapport à ce que j'appellerai « la controverse comme spectacle ».
L’œuvre Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique (1987) de Jana Sterbak était présentée en 1991 au Musée des beaux-arts du Canada, dans l’exposition monographique States of Being/Corps à corps (Nemiroff, 1991). L’œuvre de chair qui était présentée dans un musée d’État en pleine période de récession économique a soulevé de vifs débats politiques, sociaux et médiatiques qui ont surtout porté sur la fonction de l’art, la liberté d’expression et le rôle de l’État (Lamoureux, 2001). Qu’en est-il de cette polémique aujourd’hui et en quoi la reconstitution d’une exposition peut-elle être une pratique servant à revisiter son histoire? Le colloque qui s’inscrit dans le cadre de l’exposition La Robe de chair au Musée national : expositions, reconstitution (Galerie UQO, 15 mai au 22 juin 2019) porte sur la reconstitution des expositions et leur apport à la production du savoir et de la création. La contribution d’historiens de l’art, de muséologues et d’artistes qui ont considéré dans leurs travaux théoriques et pratiques ce sujet servira à situer l’apport de l’exposition à la Galerie UQO et d’autres initiatives canadiennes dans une perspective internationale.
Bien que l’exposition soit devenue une pratique courante dès le XVIIIe siècle, elle constitue un domaine d’études récent menant à s’interroger sur les particularités des expositions reconstituées ainsi que sur les types de savoirs et d’expériences qu’elles sont à même de produire (Copeland et Dulguerova, 2010; Greenberg, 2012). Parfois, une œuvre particulière aura marqué les imaginaires, tandis que d’autres expositions seront significatives pour l’originalité de leur thème ou de leur mise en espace. Leur reconstitution pourra entretenir une visée commémorative, confronter les perspectives, se faire œuvre. Au-delà de son importance historique, l’exposition serait ainsi un dispositif signifiant, ce que les procédés de reconstitution arriveraient à mettre en valeur.
DULGUERROVA, E. (dir.) (2010). Intermédialités, exposer/displaying, no 15.
GREENBERG, R. (2012). « Archival Remembering Exhibitions », Journal of Curatorial Studies, nos 1-2, p. 159-177.
LAMOUREUX, J. (2001). « Vanitas ou la guerre cachée des expertises », dans Hugues, L., et M.-J. Lafortune (dir.) Penser l’indiscipline : recherches interdisciplinaires en histoire de l’art, Montréal, Optica, p. 165-175.
NEMIROFF, D. (1991). Jana Sterbak : corps à corps, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada.
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