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Mia Sarrazin : UQAM - Université du Québec à Montréal
Aux États-Unis, plus de 11,000 personnes atteintes d’un cancer non hodgkinien, attribué au Roundup, sont actuellement impliquées dans des actions en justice contre son premier fabricant Monsanto-Bayer. En France, plusieurs problèmes de santé associés notamment aux pesticides, dont la maladie de Parkinson et les hémopathies malignes, sont reconnus à titre de maladies professionnelles (INRS, 2015). En outre, de récents articles montrent une hausse de 41% des risques de cancer pour les travailleurs les plus exposés aux herbicides à base de glyphosate (Zhang et al., 2019). Or, si les mêmes causes ont habituellement les mêmes effets, comment expliquer que les risques de cancers non hodgkiniens potentiellement associés aux herbicides à base de glyphosate soient complètement ignorés au Québec, alors que ces herbicides constituent 44% des pesticides agricoles. Et comment expliquer que la réflexion sur les problèmes de santé chroniques et sur la reconnaissance des maladies professionnelles liées aux pesticides en agriculture s’amorce à peine. Cette communication présentera les prémisses d’une recherche exploratoire visant à cerner l’ampleur des problèmes de santé au travail associés aux pesticides en milieu agricole au Québec. Tirant profit de l’expérience française, en termes de mobilisation des agriculteurs et de reconnaissance des maladies professionnelles, cette recherche vise à dégager les stratégies de transition vers une meilleure couverture de ces problèmes de santé.
Devant les crises enchevêtrées du climat, de la biodiversité et des extrêmes climatiques ouvrant de menaçants horizons d’emballement des grands cycles biogéochimiques de la planète, quelles sont les recherches, les politiques et les stratégies démocratiques à privilégier pour réduire, d’urgence, l’empreinte énergétique et agroalimentaire? L’érosion accélérée de la biodiversité conduisant à notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète, ponctuée par une réduction de 60% des populations d’espèces sauvages en 45 ans (WWF, 2018), témoigne à la fois des impacts des énergies fossiles, de ceux de l’industrie agroalimentaire et de leurs interrelations. Si la limitation draconienne des énergies carbonées au profit d’énergies alternatives s’impose alors d’évidence, s’imposent également de sérieuses remises en question des modèles agroalimentaires dominants. Mais de telles transformations exigent de solides analyses des enjeux socioéconomiques et politiques afin d’élaborer des stratégies de transition viables, réalistes et démocratiques doublées de politiques appropriées. Comment amorcer des transitions d’une telle ampleur sans un véritable travail de mise en démocratie, permettant d’inscrire ces enjeux à l’intersection des sphères du savoir, de la gouvernance, de l’innovation scientifique et sociale ainsi que des pratiques et usages des citoyens. C’est sous un double éclairage France-Québec, de recherches menées d’une part sur la transition énergétique, notamment dans les filières de l’éolien et de l’hydrogène, par les chercheurs du programme, TETHYS (transition énergétique, territoires, hydrogène et société), financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) en France et menées d’autre part sur la transition agroalimentaire par des équipes du CREPPA de l’UQAM, le Collectif de recherche écosanté sur les pesticides, les politiques et les alternatives, une équipe FQRSC, que se déploieront les réflexions croisées de ce colloque.
Les menaces d’écocide, accélérées par la flambée sans précédent des écarts socioéconomiques, amplifiées par la montée en puissance de régimes politiques autoritaires, procarbone voire climatosceptiques, et par une concentration inégalée de l’agroalimentaire, imposent une réflexion approfondie, sur le plan autant de la recherche que des politiques, sur les exigences de renouvellement démocratique des transitions énergétiques et agroalimentaires. C’est ce qu’entend explorer ce colloque, réunissant sous un même chapeau, lors d’une ouverture commune élargie, ces équipes liées par une entente cadre UQAM-UNICAEN. Ces questions seront ensuite déclinées par l’équipe françaises ANR (Normandie-Bourgogne projet hydrogène et démocratisation de la transition), et par l’Équipe québécoise du CREPPA. Ce colloque, sous les auspices de la Commission canadienne pour l’UNESCO et de l’Agence nationale de la recherche en France, accueillera des invités de marque, notamment d’instances de recherche françaises, québécoises et canadiennes, et du Club de Rome.
Titre du colloque :