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Romain Paumier : Université de Montréal
Avec 4 sites ouverts en 2017 et 15 ans après Insite à Vancouver, Montréal est la 2e ville au Canada à proposer
des services d’injection supervisée pour les usages de drogues (SIS). Prolongeant les missions et méthodes
d’origines de la réduction des méfaits, les SIS offrent le seul espace où la possession et l’injection de drogues
est légalement permise sur le territoire canadien. Entre l’institutionnel et le communautaire, la supervision de
l’injection au quotidien nécessite l’ajustement de différentes visions de l’injection conforme.
Cette communication, se basant sur une recherche ethnographique de 2 ans (dont 9 d’observation
participante en SIS), s’intéressera aux formes de l’acceptable et du conforme dans les pratiques de
consommation en retraçant les grandes lignes des débats et controverses internes aux équipes portant sur
quatre aspects de l’injection en SIS : les techniques et les formes acceptables de consommation (habitudes et
rituels individuels), l’injection comme pratique individuelle ou collective (couples, amis, initiations), les
produits de l’injection (délimitation des produits injectables, distinctions en fonction des effets des produits
consommés), et enfin la régulation des effets de l’injection (buzz, trips, pulsions, somnolences et risques
d’overdoses). Nous proposons ainsi de nous questionner sur le processus et les écueils de
l’institutionnalisation de pratiques qui, depuis des décennies, étaient réservées à la marge, à l’invisible, à
l’inconforme.
Les phénomènes pathologiques, de marge, d’exclusion, de déviance et de transgression ont été étudiés par la sociologie en tant que révélateurs des normes sociales. La délinquance, la folie et la pauvreté se sont érigées en objets privilégiés de ce que l’on a nommé la « sociologie de la déviance ». Ce type d’analyse du social a constitué une grande stratégie pour soulever la normativité : la considérer par son « envers ».
Bien que cette stratégie conserve sa pertinence, différents défis lui sont posés, tant sur le plan de la réalité des phénomènes concrets à saisir que devant l’affinement des cadres conceptuels qui cherchent à lire la normativité. La diminution de la référence aux interdits et la multiplication de repères « positifs » comme l’autonomie, la responsabilité, la performance, l’adaptation, la santé mentale composent aujourd’hui le climat normatif dans lequel évoluent les individus. Ces injonctions de conduite tendent à modifier les grilles de lecture de la normativité sociale et nous poussent à repenser différemment les formes d’action au quotidien.
Ce colloque propose de réfléchir à la normativité sociale dans son « endroit », et ce, à partir d’une diversité d’objets. Il s’agit ainsi d’une invitation à faire le pas vers une analyse sur le plan de la conformité en soulevant les différentes problématiques contemporaines qu’elle évoque : qu’est-ce qu’un « bon » patient? Qu’est-ce qu’une sexualité « épanouie »? Comment se conduit un jeune adolescent « exemplaire »? À « quoi performe » un individu performant? Qu’est-ce qu’une masculinité « saine »? De manière plus large, que peut nous apporter la sociologie des problèmes sociaux afin d’éclairer les conformités contemporaines? Plus encore, comment analyser la normativité sociale dans les phénomènes de normalité, c’est-à-dire en ajoutant l’étude de la conformité à l’étude de la marge ou de la transgression?
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