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Agathe Delanoë : Nantes Université
La communauté de recherche philosophique (CRP) invite à s’engager dans une recherche philosophique sous un mode collaboratif, critique et réflexif. Sa pratique comporte des dimensions cognitive, affective et sociale, et le dialogue s’y construit sous la forme d’un raisonnement collectif. Cependant, la possibilité d’un raisonnement de cette nature semble en lien avec le développement d’une pensée intérieure et personnelle en chaque participant. En effet, si les participants d’une CRP sont amenés à élaborer leur propre pensée, une production rationnelle commune émerge bien au cours de la recherche. Au sein d’un dialogue philosophique se déploient donc des mouvements de pensée en constante tension entre l’individuel et le collectif, laissant entrevoir la possibilité d’une mise en commun. Les modes de pensée critique, réflexive et dialogique adoptés en CRP mènent à la co-construction d’un dialogue au sein duquel les participants, tout en se détachant de leurs idées, en rencontrent et en adoptent de nouvelles. Mais comment distinguer les idées individuelles de la production commune? Comment les participants individualisent-ils leur pensée tout en assimilant celle des autres?
Nous poserons la question de savoir comment, en CRP, s’élaborent la production d’une pensée collective en même temps que celle de pensées individuelles. Un deuxième niveau d’analyse nous permettra d’explorer les conséquences d’une telle relation cognitive à autrui dans les sphères affectives et sociales.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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