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Membre a labase
Malte Martin : Agrafmobile
Le propre du design c’est d’être un processus de conception contextuelle.
La dimension qu’on pourrait attribuer en plus au terme design social c’est pour moi la question de l’appropriation. Cela doit renforcer le designer dans son dess(e)in, dans son parti. Dans mon approche il s’agit de porter attention particulière à l’implication en amont et une appropriation concrète en aval par les usagers. C’est en cela que réside la singularité du design social.
Dans le cadre de ce colloque, plusieurs projets seront présentés. Le cas du pôle Molière, équipement de services publiques dans une cité de banlieue en reconstruction par un programme d’ANRU, pose la question de l’appropriation. La transdisciplinarité est peut-être une deuxième caractéristique que je trouve souvent dans des projets de design social. Le meilleur moment du design social c’est celui qui augmente la capacité des usagers à agir eux-mêmes. L’expérience du collectif FAITES! dans le cadre du programme «Réinventons nos places» à Paris illustre ce nouveau type de chantiers. Le collectif sur la Place des Fêtes était composé par des designers graphiques, architectes et designers de service. Au lieu de produire chacun « sa propre spécialité » en graphisme urbain, construction de mobiliers ou design de service, le projet commun s’est cristallisé autour de la création et mise en pratique d’un outil d’appropriation pour les acteurs locaux…un design producteur de communs.
Comment la pratique des arts outille-t-elle les individus à devenir des citoyens culturels, orientés vers la justice et susceptibles de faire entendre leurs voix, de partager leurs idées dans l’espace public? Les manifestations de la distance croissante entre le citoyen et les institutions publiques garantes de ses droits et soutenues par leur exercice sont nombreuses et constituent pour certains un réel danger. Or, les formes d’expression de la citoyenneté et sa corporéité dans les espaces collectifs comme l’espace public – la sphère à l’intérieur de laquelle s’exercent et s’éprouvent la critique, l’adversité, la communauté, notamment – témoignent du renouvellement de la conception qu’on peut en avoir. En cohérence avec une citoyenneté outillée pour la désaliénation, Poirier (2012) décrit une citoyenneté culturelle comme une évolution du rapport entre l’État et l’art comme mode de « construction identitaire », d’expérience d’altérité, de porte ouverte vers la sphère publique et le politique. La culture y est un vecteur de lien social appelant à « l’appropriation par les individus des moyens de création, production, diffusion et consommation culturelle » (p. 11). Cette appropriation est facilitée par la conception de dispositifs développés par des chercheurs et des créateurs qui œuvrent au sein de différents domaines artistiques dans le cadre d’incursions dans les espaces publics. Certains, sans qu’ils soient des assistants sociaux ni des agents du maintien de l’ordre, agissent comme des agents du désordre, de la lucidité, de l’esprit critique (Vincent, 2018). Ils proposent des dispositifs « pour faire avec » qui font résonner les voix multiples des citoyens afin qu’ils contribuent au grand chantier d’un espace public, suscitant un dialogue démocratique et la coconstruction d’un pouvoir collectif. Ainsi, former à la citoyenneté culturelle constitue une réponse au phénomène croissant de l’aliénation citoyenne, donnant accès à la culture et stimulant l’esprit critique.
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