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Louis Chartrand
Si une autorité se définit par sa capacité à réaliser la performance d'une action, alors l'autorité légitime est celle qui motive l'action en desservant ses sujets (Raz 1988). Par exemple, une autorité légitime peut permettre de résoudre un problème de coopération (Robichaud et Turmel 2012). Cependant, cela suppose que, même en l'absence de coercition, une autorité peut être illégitime si elle prétend faussement fonctionner en vue du bien commun. Un sujet d'autorité se doit donc d'évaluer la légitimité d'une autorité, afin d'éviter de se situer en position d'oppression. Or, disposant de moyens limités, on peut s'attendre à ce que celui-ci conçoive des heuristiques pour faire ce jugement.
Dans le contexte des délibérations en vue d'une décision commune, on peut se demander comment les gens qui y participent font cette évaluation. J'argue à partir de l’interprétation de plusieurs sources que les facteurs individuels les plus importants pour cette décision sont relationnels (en particulier, l'identité perçue et la confiance). J'en conclus que la détection d'illégitimité est un processus distribué, et en tire des leçons pour la construction d'espaces de délibération.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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