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Margea Globensky : Université d'Ottawa
Lorsque vient le temps de penser la démocratie, les enfants semblent bien souvent mis à l’écart. En effet, un certain nombre de dispositions juridiques théorisent les droits et libertés des enfants, mais au-delà de celles-ci, la théorie politique ne pense pas systématiquement la démocratie pour cette tranche de la population qui ne trouve d’ailleurs pas d’expression autonome. Partant de ce constat, nous aborderons la possibilité d’un approfondissement du répertoire démocratique en mobilisant le concept de reconnaissance tel que théorisé par Axel Honneth. Reprenant les théories développementales en psychologie de l’enfance, Honneth reconnait que l’enfant développe son ouverture aux autres sur la base de son lien d’attachement avec sa mère (précisons que la figure peut être autre, cependant). Celle-ci, en répondant aux pleurs de son enfant par des soins lui fournira la confiance nécessaire à l’exploration du monde et pour tendre vers les autres. La capacité relationnelle de l’enfant se construit donc largement à partir de la reconnaissance de son existence, un processus qui se fait grâce à un échange émotionnel et à des soins. Ainsi, nous proposons de voir la reconnaissance comme une partie intégrale de l’exercice démocratique, se faisant entre autres dans un dialogue sans paroles. L’expression de l’enfant, vulnérable en soi, susceptible de ne pas être entendue ou comprise pourrait donc être intégrée à la démocratie et, par le fait-même, participer à l’élargissement du concept.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.