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Régine FRAYSSE-BOUTRAIS : Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses)
Les domaines d’activité de l’Anses (alimentation, environnement, travail, protection des végétaux, santé et bien-être des animaux) présentent une double spécificité car ils sont marqués par une forte complexité scientifique et suscitent une forte demande sociale de maîtrise et d’anticipation de ces risques sanitaires. L’Anses est à l’initiative d’une charte d’ouverture à la société signée en 2011 et visant à améliorer la transparence de ses travaux et des méthodologies utilisées pour l’évaluation des risques sanitaires, à favoriser le partage des connaissances et des incertitudes scientifiques, et à accompagner les acteurs de la société civile dans l’acquisition des compétences nécessaires à leur implication.
L’Agence a mis en place divers processus participatifs et des espaces d’échange et d’interaction avec les « parties prenantes » : au niveau de la gouvernance (Conseil d’Administration, Comités d’Orientation Thématiques, Comités et Plateforme de dialogue spécialisés sur les radiofréquences, les nanomatériaux et les autorisations de mises sur le marché des produits phytopharmaceutiques) et au cours du processus d’expertise qui va du cadrage des saisines à la diffusion des résultats (auditions, consultations publiques, restitutions, formations, etc.). La présente communication s’attachera à dégager des éléments d’analyse sur les effets produits par ces divers processus participatifs en terme de transfert de connaissances et de montée en compétences des acteurs.
Devant les crises enchevêtrées du climat, de la biodiversité et des extrêmes climatiques ouvrant de menaçants horizons d’emballement des grands cycles biogéochimiques de la planète, quelles sont les recherches, les politiques et les stratégies démocratiques à privilégier pour réduire, d’urgence, l’empreinte énergétique et agroalimentaire? L’érosion accélérée de la biodiversité conduisant à notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète, ponctuée par une réduction de 60% des populations d’espèces sauvages en 45 ans (WWF, 2018), témoigne à la fois des impacts des énergies fossiles, de ceux de l’industrie agroalimentaire et de leurs interrelations. Si la limitation draconienne des énergies carbonées au profit d’énergies alternatives s’impose alors d’évidence, s’imposent également de sérieuses remises en question des modèles agroalimentaires dominants. Mais de telles transformations exigent de solides analyses des enjeux socioéconomiques et politiques afin d’élaborer des stratégies de transition viables, réalistes et démocratiques doublées de politiques appropriées. Comment amorcer des transitions d’une telle ampleur sans un véritable travail de mise en démocratie, permettant d’inscrire ces enjeux à l’intersection des sphères du savoir, de la gouvernance, de l’innovation scientifique et sociale ainsi que des pratiques et usages des citoyens. C’est sous un double éclairage France-Québec, de recherches menées d’une part sur la transition énergétique, notamment dans les filières de l’éolien et de l’hydrogène, par les chercheurs du programme, TETHYS (transition énergétique, territoires, hydrogène et société), financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) en France et menées d’autre part sur la transition agroalimentaire par des équipes du CREPPA de l’UQAM, le Collectif de recherche écosanté sur les pesticides, les politiques et les alternatives, une équipe FQRSC, que se déploieront les réflexions croisées de ce colloque.
Les menaces d’écocide, accélérées par la flambée sans précédent des écarts socioéconomiques, amplifiées par la montée en puissance de régimes politiques autoritaires, procarbone voire climatosceptiques, et par une concentration inégalée de l’agroalimentaire, imposent une réflexion approfondie, sur le plan autant de la recherche que des politiques, sur les exigences de renouvellement démocratique des transitions énergétiques et agroalimentaires. C’est ce qu’entend explorer ce colloque, réunissant sous un même chapeau, lors d’une ouverture commune élargie, ces équipes liées par une entente cadre UQAM-UNICAEN. Ces questions seront ensuite déclinées par l’équipe françaises ANR (Normandie-Bourgogne projet hydrogène et démocratisation de la transition), et par l’Équipe québécoise du CREPPA. Ce colloque, sous les auspices de la Commission canadienne pour l’UNESCO et de l’Agence nationale de la recherche en France, accueillera des invités de marque, notamment d’instances de recherche françaises, québécoises et canadiennes, et du Club de Rome.
Titre du colloque :