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Ange Patrick Arnaud Atta : Université de Ratisbonne
Calixthe Beyala, auteure franco-camerounaise, présente dans son roman Le Christ selon l’Afrique une société africaine postcoloniale dominée par ses traditions, ses rites religieux et sociétaux. L’Afrique, à travers l’exemple du Cameroun, se retrouve prise entre ses pratiques rituelles parfois inadaptées aux exigences actuelles et les défis du modernisme que lui impose le XXIe siècle. Elle peine ainsi à trouver son chemin et à se faire une place dans un monde qui se veut de plus en plus développé et homogène. Partant de là, il s’avère important de se poser les questions suivantes : Comment l’auteure présente-t-elle la société africaine des rites? Et dans quelle mesure les rites africains pourraient-ils contribuer à l’essor de l’Afrique noire dans le contexte de la mondialisation? Dans une étude s’appuyant sur la sociocritique, il sera, d’une part, question de montrer le poids et l’impact des rites en Afrique noire. D’autre part, il s’agira d’analyser l’angle sous lequel l’Afrique, par ses rites, pourrait s’émanciper et avoir un impact considérable sur la mondialisation.
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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