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Kwami ETSE : Université Senghor d'Alexandrie
L’Homme est le seul être qui accompagne la mort d’un rituel. Cependant, ces rituels varient selon les sociétés, les époques et les régions. De ce fait, des interrogations subsistent toujours sur la situation des rites africains à l’heure actuelle. La présente communication, à travers l’étude des rites funéraires bogo, permettra de mieux comprendre pourquoi les peuples africains accordent tant d’importance aux rites funéraires et comment ils célèbrent le départ d’un des leurs du monde visible vers celui invisible.
Notre approche méthodologique est axée autour de trois points : la documentation, la cueillette des données de terrain au cours de laquelle nous avons assisté aux pratiques rituelles et procédé aux enregistrements ; puis l’analyse et l’interprétation des données recueillies. Les résultats de cette étude montrent qu’en milieu bogo, la mort n’est pas seulement la séparation du corps physique de l’âme, mais aussi un chemin à travers lequel le défunt entre au village des ancêtres. C’est pourquoi des rituels sont organisés afin de faciliter son intégration au milieu des ancêtres où il acquiert des puissances lui permettant d’influencer la vie des vivants. D’où sa participation au maintien de l’équilibre psychosocial et communautaire.
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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