Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Gina Thésée : UQAM - Université du Québec à Montréal
S’engager dans un dialogue contre-hégémonique avec l’Autre suppose de s’ouvrir aux diverses perspectives à partir desquelles l’Autre s’y engage. Cela suppose aussi de considérer les nécessaires dynamiques de résistance développées par l’Autre pour faire face aux hégémonies qui la/le discriminent, aliènent, musellent, effacent, oppriment, excluent ou violentent, et qui vont inéluctablement imprégner ses rapports sociaux. Il ne s’agit pas de refuser le dialogue mais plutôt de s’y engager avec une conscience critique pour mieux comprendre les dynamiques de résistance qui y sont sous-jacentes. Prenant pour acquis que ces dynamiques de résistance ne sont pas isolées, qu’elles sont vécues simultanément, interagissent et se combinent de manière supra-additive, en fonction de réalités sociales pluridimensionnelles (culturelle, économique, médiatique, politique, religieuse, sexuelle, etc.), mais aussi et surtout, en fonction de marqueurs sociaux tels la race et le genre, nous posons la reconnaissance de l’intersectionnalité des dynamiques de résistance comme base du dialogue contre-hégémonique avec l’Autre. Nier cette intersectionnalité, ne serait-ce pas une forme radicale de refus du dialogue? Issue des théories afroféministes développées aux États-Unis dès le dix-neuvième siècle, la théorie de l’intersectionnalité, dans ses dimensions historique, politique, critique et éthique, invite à une éducation au dialogue où panser le dialogue et penser le dialogue contre-hégémonique.
L’année 2019 est déclarée « année internationale des langues autochtones » par l’ONU. Cette initiative fait écho à sa résolution sur les droits des peuples autochtones ainsi qu’aux valeurs de l’UNESCO et à sa mission éducative via l’Agenda 2030. Elle vise « la protection des droits humains, la consolidation de la paix et du développement durable, en assurant la diversité culturelle et le dialogue interculturel » (ONU, 2016). Dans ce contexte mondial, et en écho au thème du Congrès 2019 de l’ACFAS, deux Chaires UNESCO organisent un colloque conjoint sous le signe de l’éducation transformatoire par le dialogue : la Chaire UNESCO en « transmission culturelle chez les premiers peuples dans une dynamique de mieux-être et d’empowerment » (TCPPDMEE) de l’UQAC et la Chaire UNESCO en « démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire » (DCMÉT) de l’UQO. L’Outaouais est fortement marqué par la présence autochtone, dont celle des Algonquins qui, d’ailleurs, n’ont jamais cédé leur souveraineté sur ce territoire. À Gatineau, le musée de l’histoire est l’œuvre de l’architecte autochtone Douglas Cardinal. Des initiatives témoignent de la transformation des relations entre Autochtones et Allochtones dans plusieurs domaines : arts, éducation, littérature, gouvernance, mouvements sociaux et médias. Or, on constate actuellement une forte résistance (populaire, politique et médiatique) face à la diversité. Des discours xénophobes sont exprimés ouvertement contre les peuples autochtones, les communautés racisées et les mouvements migratoires. Notre but est d’aborder ces enjeux liés à la persistance systémique des racismes, des colonialismes, des injustices et des inégalités sociales. Le colloque réunira divers acteurs sociaux, autochtones et allochtones, pour un dialogue contre-hégémonique mené dans un esprit de conciliation, sur la diversité des identités et des citoyennetés, selon trois axes thématiques : langues et cultures, savoirs et pratiques de transmission, et mouvements sociaux.
Thème du colloque :