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Mylène Legault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Plusieurs groupes de personnes vivent des injustices herméneutiques parce que les concepts dont ils et elles auraient besoin pour exprimer des aspects de leur vécu ne sont pas présents dans le vocabulaire véhiculé par le groupe dominant, qui ne vivent pas ces expériences. En conséquence, et par exemple, les personnes autistes ne reconnaîtront souvent pas dans les tests diagnostiques des expressions décrivant adéquatement leurs émotions et seront jugées par la communauté scientifique ou psychiatrique comme ne possédant pas ou peu d’émotions (alexithymie). En nous inspirant de la pratique de co-construction de modèles, et mettant en collaboration des personnes autistes, des personnes neurotypiques et des spécialistes du langage (lexicographes, poètes, etc.), nous proposerons le développement d’une méthode de co-construction herméneutique permettant l’élaboration d’une ontologie neurodiverse des émotions. À titre d’exemple, nous pourrions appliquer (un fragment de) cette ontologie au questionnaire d’évaluation du quotient émotionnel (EQ) lors des démarches du diagnostic pour le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ceci pourrait permettre une réinterprétation du premier critère de diagnostic pour le TSA (DSM-5), les « déficits persistants dans la communication et l’interaction sociale dans plusieurs contextes » (incluant entre autres des déficits de la réciprocité sociale et émotionnelle), qui, dans sa formulation actuelle, mène à un ensemble d’injustices herméneutiques.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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