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Jean-Sébastien Laliberté : UQO - Université du Québec en Outaouais
Adapté au milieu muséal, le concept de frontière peut prendre différentes formes et être interprété de plusieurs manières. Dans le cadre de cette communication, c’est la frontière entre les éléments de patrimoine matériel et immatériel qui sera présentée du point de vue du déplacement du visiteur. En comparant deux expositions permanentes du Musée canadien de l’histoire créées à une quinzaine d’années d’intervalle, il est possible d’observer d’importants changements dans l’intégration d’éléments du patrimoine immatériel. Si la Salle des Premiers Peuples, ouverte au public au début des années 2000, se caractérise entre autres par la mise en place de lieux « fermés » (théâtre, kiosque d’écoute, salle de projection) pour la présentation de patrimoine immatériel, alors que ces derniers sont directement intégrés au parcours de visite dans la nouvelle Salle de l’histoire canadienne inaugurée en 2017. Loin d’être anodins, ces changements d’approche reflètent des tendances nouvelles quant aux choix effectués par les responsables d’exposition pour l’intégration du patrimoine immatériel. Avec le temps, les frontières séparant le visiteur de cette forme de patrimoine s’estompent. Intégré de manière plus ouverte et « harmonieuse », il semblerait qu’aujourd’hui, les patrimoines matériel et immatériel se côtoient ou s’intègrent davantage permettant une meilleure appréciation, mais surtout une meilleure compréhension des messages véhiculés dans l’exposition.
Les frontières reviennent en force, elles se multiplient et se durcissent, malgré la promesse de leur ouverture, voire de leur disparition avec la mondialisation, une mobilité accrue et une démocratisation des technologies de communication. Le concept de frontière concerne les relations entre l’espace et la société. Ensuite, la frontière est la limite entre deux choses différentes, elle est ce qui délimite, départage. Le patrimoine, par son potentiel à marquer les frontières culturelles, participe aux enjeux urbains, muséaux, artistiques ou géographiques. Outre le patrimoine qui trace la frontière d’une identité locale, régionale ou nationale, le patrimoine peut être source de dialogue. C’est cette projection prometteuse qui favorise tant son actualisation que sa transmission. En quoi le patrimoine culturel représente-t-il le potentiel du dialogue interdisciplinaire, interculturel, intergénérationnel? Comment cohabite la pluralité des patrimoines politique, culturelle, linguistique, historique, notamment dans les régions frontalières? La notion de la région frontalière renverrait tant au caractère administratif d’un territoire qu’aux frontières des disciplines investies dans le champ patrimonial. Autrement dit, la problématique mise de l’avant concerne la gouvernance du patrimoine, mais aussi les propositions théoriques ou empiriques relatives à son étude et à sa médiation. Si la frontière comme le patrimoine sont les constructions, comment s’articulent les limites du patrimoine et de ses études? En fait, le patrimoine est à la fois ouvert et fermé au dialogue : d’une part, tout est potentiellement le patrimoine et, de l’autre, le patrimoine relève de lois strictes qui régissent sa désignation (acquisitions et intégrations aux collections muséales, reconnaissance gouvernementale ou municipale). Comment les institutions comme les universités participent-elles à la préservation et à la valorisation des patrimoines?
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