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Jeanne-Marie Rugira : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Cette communication propose d’examiner la contribution des approches biographiques et narratives au courant des études décoloniales dans les contextes culturels et géopolitiques actuels. Au moment où nos cercles académiques ne cessent de s’internationaliser, il importe de constater que « Le temps de l’accueil d’étudiants étrangers à formater selon les critères de la pensée universaliste occidentale est révolu » (Maesschalk, 2015, p.10). Il devient alors important de désenclaver nos modes de pensée, nos pratiques à la mesure de la transculturalité des publics qui habitent nos cités et fréquentent nos institutions de formation et de recherche.
En autorisant le sujet à revenir sur les expériences de sa propre existence, les approches biographiques posent un acte formateur (Dominicé, 1990; Josso, 2000), de transformation du sujet (Rugira, 1995), de production et de partage de savoirs émancipateurs (Finger, 1984). En misant sur la primauté du sujet et de son expérience, sur le dialogue intersubjectif et la revalorisation des savoirs locaux, une telle démarche constitue en soi une forme de désobéissance épistémologique et une avancée vers plus de justice épistémique. Les approches narratives opèrent ici le renversement que propose Grosfoguel (2013), soit de nous extraire du mythe universaliste où le sujet qui pense reste toujours caché, recouvert et effacé de l’analyse et de sa localisation dans les relations de pouvoir et dans son rapport à l’épistémologie.
Le récit de soi comporte une puissance qui conjugue les dynamiques de formation de soi et de compréhension du monde (Dominicé, 1990; Leray, 1995; Pineau, 2006). Par le passage de l’expérience au langage et le travail de mise en mots du vécu, des processus de compréhension de soi et d’intercompréhension biographique peuvent advenir, permettant de produire de nouvelles connaissances (Breton, 2017). Dans ce colloque, nous interrogeons les usages contemporains des récits de vie en situant leurs ancrages théoriques et en déployant des aspects méthodologiques afin de caractériser les effets de compréhension qu’ils génèrent à la fois chez les chercheurs et chez les sujets qui s’impliquent.
L’utilisation des récits de vie en sciences sociales et humaines à des fins de recherche est loin de s’épuiser si l’on considère l’élargissement et la multiplicité de son emploi dans différents champs. Initialement employés en histoire, en anthropologie et en sociologie (Gottschalk, Kluckhohn et Angell, 1945), ils le sont à présent dans d’autres domaines (psychologie, travail social, sciences de la santé, sciences de l’éducation, etc.). La diversité des applications touche les aspects méthodologiques de l’emploi des récits de vie et concerne aussi les ancrages théoriques qui les orientent (interactionnisme symbolique, phénoménologie, ethnométhodologie, herméneutique, entre autres) (Bernard, 2014; Breton, 2019; Finger, 1984; Legrand, 1992; Malet, 2000; Woods, 1990). Les personnes et groupes sociaux concernés par les récits sont également diversifiés et les objets théoriques sont pluriels : décrochage scolaire, résilience, incidents critiques, événement biographique, pour en nommer quelques-uns (Barrère, 2002; Bessin, 2009; Demba, 2012; Lani-Bayle et Slowik, 2016). Le colloque est l’occasion, par l’exposition de recherches provenant des champs de l’éducation, de la formation et de la santé, d’examiner, de caractériser et de mettre à jour : les protocoles de recherche mobilisant le récit dans une visée compréhensive; les procédés de catégorisation propres à l’analyse de contenu lors des enquêtes narratives; les effets de compréhension et les connaissances produites par les approches narratives et biographiques (Delory-Momberger, 2017; Poirier, Clapier-Valladon et Raybaud, 1996).
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