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Marie-Hélène Deshaies : Université Laval
Les discours constituent des formes d’action qui contribuent à définir les problèmes, les pratiques et les identités et qui entrainent, ainsi, d’importantes conséquences sur les rapports sociaux générateurs d’inégalités entre les femmes et les hommes (Bacchi, 2012; Jenson, 2008; Verloo et Lombardo, 2007). À partir de l’étude des discours produits par des groupes d’acteurs lors de trois moments de discussion publique sur l’organisation des soins au Québec (Commission Rochon en 1985-1988, Commission Clair en 2000 et consultations sur le projet d’assurance autonomie en 2013), il est possible de distinguer différentes postures quant à la façon de mobiliser, ou non, le positionnement particulier des femmes et des hommes à l’égard des soins. Alors que certaines de ces postures tendent à renforcer l’assignation des femmes à la prestation des soins, d’autres cherchent à insuffler une certaine forme de changement dans « l’ordre des discours et des pratiques » (Cefaï, 1996). Ces dernières remettent-elles par ailleurs fondamentalement en cause la division sexuelle du travail de soins ainsi que son attribution à des groupes de femmes socialement et économiquement défavorisés ?
La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).
Titre du colloque :