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Dialoguer pour identifier le droit : une lecture conjointe de Ronald Dworkin et Robert Cover

CL

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Catherine Le Guerrier : York University

Résumé de la communication

Bien que les thèses de Ronald Dworkin et Robert Cover en philosophie du droit semblent s’opposer, elles se complètent. Il est vrai que Dworkin présente une théorie interprétativiste du droit, alors que Cover défend une lecture sociologique pluraliste critique du phénomène. Par ailleurs, chacun décrit un extrême différent de la relation aux normes; l’un son application par les officiers de l’État, l’autre son appropriation par ceux qui les contestent. Toutefois, les deux auteurs sont unis par l’idée que les normes de droit ne peuvent être définies qu’à la suite d’un dialogue considérant diverses considérations morales et de politique générale juridique; et la vision pluraliste sociologique de Cover est une extension assez logique de la théorie interprétative de Dworkin hors les sphères juridiques professionnelles. Alors que Dworkin décrit un dialogue fictif qui prendrait place entre les juges, qui accomplissent chacun de leur côté la tâche titanesque de produire toutes les voix nécessaires à un dialogue productif, Cover considère que la diversité sociale entraîne de fait la création d’une multitude d’interprétations et d’arguments juridiques qui peuvent faire évoluer le droit et lui donner un sens. Plus encore, les deux décrivent deux phénomènes interdépendants : le monde que Cover décrit semble effectivement une condition nécessaire au travail du juge, alors que ce monde ne semble possible qu’à cause de l’existence d’un système public de règles et d’institutions.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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