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Charles Joseph Guibla : Université Laval
L’une des principales caractéristiques du mouvement pentecôtiste est sa capacité à se renouveler, réinventer et s’adapter à son contexte. C’est ainsi que d’un pentecôtisme, l’on est passé à plusieurs pentecôtismes. Pendant longtemps cependant, le pentecôtisme burkinabé est resté tributaire du pentecôtisme originel. La crise sociale et économique des années 90, l’émergence des élites urbaines et les nouvelles dynamiques religieuses contemporaines ont changé cette donne, ouvrant ainsi la voie à un nouveau phénomène, le phénomène des « prieurs ».
Afin de saisir ses fondements essentiels, cette communication se donne pour objectif d’identifier et d’analyser les dynamiques sociologiques du phénomène des « prieurs ». Ce phénomène, il faut le rappeler, est basé sur un rite pentecôtiste : la prière. Il s’agit du « rite fondateur » de toutes les rhétoriques et pratiques générées par le phénomène des « prieurs » dont l’ampleur, la pertinence des questions théologiques soulevées, les jeux des acteurs, les enjeux autour de l’activité de prière, le sens anthropologique des pratiques et discours méritent plus que jamais un intérêt scientifique. À partir d’une analyse de contenu de la littérature scientifique disponible sur le sujet et en nous fondant sur notre expérience personnelle des pratiques pentecôtistes burkinabé, nous tenterons de dégager ce qui peut constituer les grands axes thématiques pour une approche socioreligieuse des racines dudit phénomène.
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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