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Essai, dialogue, intime

KL

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Kateri Lemmens : UQAR - Université du Québec à Rimouski

Résumé de la communication

Dans Les Argonautes, Maggie Nelson confronte la pensée occidentale de l’identité et du genre en lui opposant une pratique essayistique où s’entremêlent récits, dialogues, philosophie, féminisme et refus des réductions identitaires. L’intime, l’amour et l’érotique s’y déploient comme des substrats mobiles réinventés dans la relation induite par le dialogue textuel : en laissant la parole à l’autre, à ses objections, à ses réticences, le texte et la pensée sont altérés, transformant ainsi l’intériorité du sujet, qui risque le désir et l’intime. J’aimerais explorer, de manière essayistique, le lien qu’entretiennent l’intime et le dialogue avec la vie intérieure, associée par Arendt à la capacité de penser et de juger. Pour Arendt, Eichmann incarnait une figure de banalité du mal, parce qu’il pensait « par clichés » et ne parvenait pas au niveau de vie intérieure conduisant à l’autonomie morale permettant la refusance ou la dissidence (Rondeau). Or ce refus du repli, des poncifs, des idées et des phrases toutes faites se trouvent dans deux pratiques dialogiques de la pensée : l’herméneutique (rationnelle) et l’essai (marginal, artistique). Choisir l’essai, n’est-ce pas alors choisir une pratique dialogique libre sollicitant les idées et les émotions, la mise en jeu et l’expérience d’un sujet qui se pense et se cherche dans sa pluralité, dans sa faillibilité et dans sa fragilité?

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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