pen icon Colloque
quote

Est-il mal d’utiliser un robot sexuel simulant Justin Trudeau sans son consentement?

MG

Membre a labase

Martin Gibert : Université de Montréal

Résumé de la communication

En se combinant à l’impression 3D, à la réalité augmentée et aux technologies de deepfake, la robotique sexuelle pourrait devenir de plus en plus personnalisée: sur mesure, c’est-à-dire 1) en adéquation avec leurs préférences et leurs fantasmes les plus singuliers, 2) mais il est aussi probable que ces fantasmes feront parfois intervenir des simulations de personnes réelles – par exemple, le premier ministre du Canada. On peut même supposer que se développera un marché dans lequel des acteurs ou actrices célèbres pourront vendre la possibilité d’avoir des expériences érobotiques avec leurs simulacres. Il est alors assez facile d’imaginer que de telles expériences pourraient être développées sans le consentement des intéressé.es. Comment évaluer moralement de tels cas?

Je partirai de l’idée (libérale) qu’il est moralement acceptable de fantasmer sur une personne sans son consentement. C’est du moins ce qu’on doit soutenir dans le cadre d’une éthique minimale inspirée de Ruwen Ogien : seuls sont condamnables les torts envers des patients moraux, et non simplement les « mauvaises pensées » qui n’auraient aucunes conséquences (Gibert 2009). Mais peut-on étendre l’argument à l’utilisation de robots qui, en quelque sorte, incarnent ou matérialise les fantasmes? Serait-il légitime pour Justin Trudeau d’être moralement indigné par une telle pratique? Répondre à ces questions suppose d’identifier des propriétés morales spécifiques aux expériences érobotiques.

Résumé du colloque

La fiction d’anticipation annonce depuis longtemps l’avènement de robots dotés de capacités et fonctions sexuelles (sexbots). Depuis quelques années, la réalité rejoint la fiction. Parallèlement à l’explosion des nouvelles technologies sexuelles immersives (p. ex., la pornographie en réalité virtuelle (RV) et en réalité augmentée (RA)), aux premières applications d’intelligence artificielle (IA) à la pornographie ainsi qu’au développement d’agents conversationnels sexualisés, les premiers prototypes de poupées sexuelles dotées d’IA et de capacités animatroniques sont présentement développés et mis en marché. Certains chercheurs constatent déjà la croissance rapide et importante des relations intimes avec des partenaires virtuels et mécatroniques. Du point de vue de l’industrie des technologies sexuelles, cette innovation permettra de combler des besoins chez les millions de consommateurs de jouets sexuels et procurera des bénéfices encore inédits aux personnes célibataires, isolées ou handicapées. Toutefois, l’émergence de ces nouveaux artéfacts sexuels laisse présager des conséquences insoupçonnées; des mouvements sociaux opposés à leur développement se sont déjà formés, notamment la Campaign Against Sex Robots (depuis 2015). Les premiers chercheurs anglophones ayant abordé la problématique des robots sexuels, à la suite du philosophe John Danaher, sont divisés sur la question : certains dénoncent les risques (p. ex., la promotion de normes sexuelles néfastes), alors que d’autres défendent leur potentiel positif (p. ex., les applications médicales et thérapeutiques). Néanmoins, les études scientifiques du sujet demeurent limitées et très spéculatives; aucun modèle théorique sérieux n’a été proposé jusqu’à maintenant pour étudier ces phénomènes. Le présent manque de recherche entraîne de graves incertitudes quant au développement et à l’encadrement futur de l’industrie de la robotique sexuelle.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :