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Être LGBTQ+ et musulman.e : l’impossibilité déconstruite

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Sébastien Chehaitly : Université de Montréal

Résumé de la communication

Depuis les années 2000, l’identité québécoise se construit de plus en plus en opposition à une altérité musulmane (Chbat, 2018). L’opinion québécoise perçoit les cultures musulmanes comme étant particulièrement sexistes et homophobes, et définit la sienne comme soucieuse de l’égalité hommes-femmes, respectueuse de la diversité sexuelle et défenderesse des droits de la personne (Bilge, 2010). Être une personne à la fois LGBTQ+ et musulmane, ainsi, est jugé comme étant contradictoire.

C’est en prenant en considération ce contexte que s’inscrit le volet montréalais de la recherche Muslim and Queer Visibility in Canada, dirigée par Momin Rahman (Trent University) et David Rayside (University of Toronto). Je présenterai les résultats découlant des entretiens semi-dirigés que nous avons menés avec 8 personnes LGBTQ+ musulmanes vivant à Montréal. Nous avons pu constater que si celles-ci vivent bel et bien de l’hétérocissexisme au sein de leurs familles et de leurs communautés d’origine, elles en subissent également dans la société québécoise plus largement, en plus de l’islamophobie et du racisme. J’exposerai comment les témoignages et les savoirs expérientiels des personnes LGBTQ+ musulmanes qui ont été partagés avec nous permettent de remettre en question l’incompatibilité proclamée des identités LGBTQ+ avec les cultures musulmanes. Je tenterai donc, par mon exposé, de démontrer la nécessité d’analyser avec finesse et nuance les réalités des personnes LGBTQ+ musulmanes.

Résumé du colloque

S’inscrivant dans une perspective intersectionnelle et critique, ce colloque met de l’avant les parcours multiples et complexes qui sont partagés par des personnes LGBTQ migrantes, réfugiées et/ou issues de la diversité ethnoculturelle. Dans un contexte social où les normes de genre et de sexualité associées aux immigrants tendent à être reléguées au conservatisme et à la répression et celles des sociétés occidentales au libéralisme et à l’émancipation, il semble important de réfléchir sur cette tension telle qu’elle se répercute véritablement dans le parcours des personnes migrantes et racisées qui s’identifient comme LGBTQ. En plus de remettre en question et de potentiellement participer à une reconceptualisation du récit dominant de l’« identité gaie », lequel repose historiquement sur des présomptions fortes de visibilité et de « sortie du placard », la mise en lumière des parcours de ces personnes vivant à l’intersection de multiples axes d’oppression fait apparaître la compréhension qu’elles ont d’elles-mêmes, de leurs identités et de leurs pratiques. Les personnes migrantes et/ou racisées qui revendiquent une identité LGBTQ+ ou toute forme de sexualité non normative ne peuvent être réduites à de simples modèles d’assimilation de la culture occidentale dominante alors que leurs revendications identitaires émergent de dynamiques de pouvoir complexes qui s’inscrivent à l’intersection de la migration et des transformations culturelles que cette dernière provoque souvent. Ces réflexions sont également soutenues par le souci de ne pas homogénéiser les vécus de ces personnes, alors que certaines, comme les femmes trans racisées, connaissent des parcours difficiles et peu étudiés. Ce colloque permet un espace d’échange et de discussion entre personnes concernées, chercheur.se.s, militant.e.s et allié.e.s afin de nuancer le cadre d’interprétation encore trop fortement dichotomique, impensé ou invisible du parcours des personnes migrantes et de minorités sexuelles.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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