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Florence Godmaire-Duhaime : Université de Montréal
L’approche d’intervention sociale axée sur les droits humains vise à développer l’habileté des détentrices de droits à revendiquer leurs droits. Elle vise également à développer la capacité des débiteuses d’obligations à reconnaitre, respecter, protéger et promouvoir les droits humains. Des interventions axées sur les droits émergent dans différents contextes où les droits humains sont affectés. C’est le cas notamment dans les situations de femmes violentées qui vivent avec un statut migratoire précaire. Les interventions sociales axées sur les droits sont le cadre d’interactions entre les intervenants sociaux et certains dispositifs de justice. Cette présentation vise à mettre en lumière différents enjeux liés aux contacts entre les intervenants sociaux et les dispositifs de justice dans ce contexte.
Les données utilisées ici sont issues d’entrevues individuelles avec 25 intervenantes montréalaises. Celles-ci ont livré des récits de pratiques dans le cadre d’une recherche visant à documenter plus largement les interventions sociales axées sur les droits humains avec les femmes violentées détentrices d’un statut migratoire précaire. Les données ont fait l’objet d’une analyse de contenu. L’analyse des données portant sur les interactions entre les intervenantes sociales et les dispositifs de justice révèle de nombreuses difficultés, notamment concernant la collaboration interprofessionnelle entre les intervenantes sociales et les avocates.
Il y a, dans les sociétés contemporaines, une sollicitation récurrente à la justice pour gérer les rapports sociaux et les problèmes de la société (Blichner et Molander, 2008; Kaluszinski, 2007; Lemire, Langlois, Noreau et Rondeau, 1998). Cette réponse est apparente, entre autres, dans les situations impliquant la protection des enfants, la violence conjugale, les agressions sexuelles, l’itinérance, les difficultés de santé mentale, etc. Elle a pour effet de créer différents dispositifs d’intervention spécialisés, par exemple des tribunaux spécialisés (Ministère de la Justice, s. d.) ou encore des cellules d’interventions de crise telles que l’équipe de soutien aux urgences psychosociales (Sécurité publique Canada, s. d.). Le développement de ces dispositifs suscite différentes interrogations. Parmi celles-ci, des questionnements peuvent être soulevés relativement aux rôles, aux statuts (reconnaissance, rapports hiérarchiques, etc.) entre les intervenants concernés. Par exemple, il peut être à propos de s’interroger quant aux rôles auxquels adhèrent les acteurs au sein de ces dispositifs impliquant la multiprofessionnalité et quant à ceux qui leur sont attribués. Ces interrogations sont notamment soulevées puisqu’il semble y avoir certaines distinctions dans les écrits au sujet de l’intervention sociojudiciaire en violence conjugale par rapport aux rôles des acteurs concernés selon qu’ils sont appréhendés du point de vue des intervenants psychosociaux ou de celui des intervenants pénaux (voir Groulx, 2002; Lavergne, 1998). Qui plus est, comme la rencontre du social et du judiciaire crée de nouveaux univers de travail, il peut être opportun de se demander si ces univers multidisciplinaires ou interdisciplinaires influencent l’identité professionnelle des intervenants qui y exercent? Le colloque proposé vise à réfléchir à ce type de questions à partir de la perspective psychosociale.
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