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La distance dans l’amour : le deuil et l’amour impersonnel

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Pascale Devette : Université de Montréal

Résumé de la communication

Plusieurs philosophes contemporains ont associé non seulement Créon à l’excès et à l’hubris, mais aussi à Antigone. Ainsi en est-il de l’interprétation de Martha Nussbaum. Nussbaum souligne que l’attitude révoltée et sacrificielle d’Antigone effraie sa sœur Ismène, laquelle n’arrive pas à comprendre l’amour unilatéral d’Antigone pour un mort. Nussbaum nous dit qu’Ismène serait incapable de saisir la passion « impersonnelle » de sa sœur. Le terme utilisé par Nussbaum est, en effet, des plus pertinents pour nous ici (puisqu’il s’agit d’un concept central dans la pensée de Simone Weil). En fait, Nussbaum montre bien à quel point Ismène et Hémon sont des personnages plus émotifs et relationnels que ne l’est Antigone. La froideur d’Antigone semble même agacer Nussbaum, bien qu’elle demeure généralement sympathique à l’héroïne. En fait, je souhaite montrer qu’Antigone n’est pas moins aimante que ne le sont Ismène et Hémon : c’est qu’il s’agit d’une autre forme d’amour. Nussbaum privilégie l’affect et l’émotif afin de poser son éthique. À partir de la perspective de Weil, nous interrogerons la distance d’Antigone qui est, en fait, consubstantielle à son amour pour les autres. Ce type d’amour est beaucoup plus rare et difficile, puisqu’il ne s’agit pas d’un amour possessif.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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