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La nécessité de réhumaniser les travailleuses domestiques migrantes au Canada

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Myriam Dumont Robillard : Université McGill

Résumé de la communication

Malgré leur apport considérable à notre société, les récents changements législatifs concernant les travailleuses domestiques migrantes démontrent une tendance gouvernementale vers une plus grande précarisation de ces travailleuses du care qui doivent opérer dans un contexte de travail non libre. Cette tendance s’inscrit dans un courant idéologique conceptualisant les programmes de travail migrant temporaire en termes utilitaristes fondés sur la « réalité » des marchés internationaux du travail. Un tel discours mène à justifier un cadre normatif qui viole les droits fondamentaux des travailleuses et qui maintient les inégalités globales. Dans ce contexte, cette communication propose un cadre théorique d’analyse de la législation des travailleuses domestiques migrantes basé sur la dignité humaine afin de mettre en lumière à la fois la réalité telle que vécue par celles-ci ainsi que les forces responsables de la création de ces expériences et des rapports de pouvoir qui les sous-tendent. Ultimement, il convient de reconnaître que le financement du travail de care permettant aux femmes du Nord le plein accès au marché du travail ne doit pas s’effectuer au détriment des conditions de vie et de travail d’autres femmes, même si cela signifie une complète réorganisation de la division internationale du travail reproductif.

Résumé du colloque

La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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