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Claude Thérien
Rousseau, Baudelaire et Bachelard ont reconnu la rêverie comme une pratique propice aux êtres humains pour prendre conscience à la fois de leur finitude profonde au sein du cosmos, de leur émerveillement pour la nature et de leur appartenance à un environnement social peuplé d’une multitude d’autres individus, tous différents, et pourtant également tous semblables entre eux. La pratique de la rêverie rend possible l’approfondissement de nos rapports à la nature, la rencontre des autres autrement qu’à l’habitude et la découverte de soi en tant qu’autre. L’objectif de cette communication est de présenter trois formes de rêverie favorisant l’instauration d’un dialogue individuel solitaire, mais universel pouvant se temporaliser aussi bien en l’absence qu’en présence de l’autre. Ce sont les modalités de cette forme dialogique intime que mènent les individus seuls avec eux-mêmes, souvent à l’improviste ou par intermittence, à l’insu des autres, incognito, dans l’anonymat de leur solitude, qu’il s’agira de circonscrire en dialoguant avec Rousseau, Baudelaire et Bachelard.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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