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Marine Dumond : Université de Montréal
L’apprentissage en famille (AEF), aussi nommé « école à la maison » ou homeschooling, est une pratique éducative où le parent prend en charge l’éducation de son enfant en remplacement d’une fréquentation scolaire à temps plein. C’est une forme alternative d’éducation puisqu’elle place les parents en première ligne dans l’éducation de leur enfant au lieu d’enseignants diplômés. Par ailleurs, l’AEF est également une forme publique d’éducation puisqu’elle est encadrée par la Loi sur l’instruction publique et qu’une collaboration entre les familles et les autorités scolaires est nécessaire pour le suivi des enfants instruits en famille. De fait, l’AEF pourrait éclairer certains des enjeux actuels de l’école alternative publique. Cette communication présente les résultats d’une recension critique d’écrits scientifiques sur plusieurs dimensions de l’AEF : la réussite académique des enfants, l’accès et la réussite aux études postsecondaires, le contexte social et environnemental conduisant les parents à faire le choix de l’AEF, les différents niveaux d’implication parentale, les types de relations entre les parents et les autorités éducatives publiques et quelques considérations plus générales sur l’éducation alternative.
Dès la fin du XIXe siècle, la volonté de dépasser la tradition pédagogique en place dans les institutions scolaires engendre le mouvement des écoles nouvelles, porté par de grands pédagogues tels que Tolstoï, Dewey, Montessori, Ferrer, Claparède, Neil et Freinet. Au Québec, le mouvement des écoles alternatives apparaît au sein du système scolaire public à l’ouverture de l’école Jonathan en 1974 (RÉPAQ, 2008). Parallèlement, la pratique millénaire de l’apprentissage en famille (homeschooling) prend de l’expansion en Amérique du Nord et en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle (Gaither, 2008).
Aujourd’hui, en France, les écoles nouvelles connaissent un regain d’intérêt (Viaud, 2017). Les enseignants des écoles publiques sont de plus en plus nombreux à déclarer utiliser les pédagogies « nouvelles » : ils intègrent la pédagogie Montessori au sein d’écoles maternelles; ils appliquent la pédagogie coopérative (Freinet) dans leur classe; ils œuvrent dans des écoles membres de la Fédération des établissements scolaires publics innovants. Au Québec, le Réseau des écoles publiques alternatives témoigne également d’un nouvel élan, une vingtaine de projets de nouvelles écoles s’ajoutant aux 45 établissements existants (Conseil supérieur de l’éducation, 2016; Pion, 2016). De plus, la popularité grandissante de l’apprentissage en famille pousse les gouvernements à revoir leur législation pour préciser le rôle des instances publiques eu égard à cette forme d’éducation, notamment en France en 2016 (décret n° 2016-1452), au Québec en 2017-2018 (projet de loi no 144 et décret 644-2018) et en Suisse, où le canton de Vaud a récemment annoncé cette intention (Rippstein, 2018).
Encore peu étudiés dans la francophonie, ces mouvements éducatifs alternatifs doivent être mieux connus, compris et scientifiquement appuyés. En effet, ils soulèvent plusieurs questions pédagogiques, sociales et de gouvernance. De plus, leur étude présente des défis conceptuels et méthodologiques particuliers.
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