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Pascal Kacou : Université d'Ottawa
La mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) a mis en évidence la pertinence croissante du renforcement des capacités (RC), réputé condition sine qua nonde réussite et pierre angulaire des politiques d’aide au développement (Analoui & Danquah, 2017). Cependant, les cadres normatifs et opérationnels du RC renferment plusieurs écueils. La performance des projets de RC déçoit mais ils font l’objet de peu de recherche. En pratique, le pendule semble pencher en faveur de la pertinence alors qu’en recherche, il faut plus de rigueur (Ika & Donnelly, 2017). D’où le besoin de réconcilier pertinence et rigueur en gestion des projets de RC. « Le nouveau pragmatisme » comme fondement épistémologique peut-il aider? C’est l’objectif de ce travail. Ancré dans le réalisme critique (Sayer, 2010), le nouveau pragmatisme postule que, pour être efficaces, les politiques de développement doivent être élaborées sur la base de diagnostics ciblés et contextuellement nuancés, et non pas sur des approches choisies ex ante, comme le font souvent les bailleurs de fonds. En clair, les instruments des bailleurs doivent être choisis sur la base des évaluations contextuelles et de diagnostics ciblés, pourvu que les objectifs recherchés respectent des normes éthiques (Stiglitz, 2008; Rodrik, 2007).
Kozak-Holland (2011) situe la naissance de la gestion de projet à plusieurs milliers d’années, mais ce n’est qu’à partir de la moitié du siècle dernier qu’elle s’est institutionnalisée en pratique professionnelle. Dès son émergence, elle avait besoin de se nourrir de nouvelles connaissances et de nouvelles approches (Morris, 2013). Autrement dit, elle réclamait deux choses: i) la production de connaissances pertinentes, et ii) leur application concrète, notamment la mise au point d’outils et de techniques sophistiqués de gestion tels que PERT et CPM.
Ce n’est que bien plus tard que sera mise en chantier l’entreprise de produire des connaissances rigoureuses sur les projets et leur gestion (Turner et al., 2011). Le nombre de publications reposant sur un devis méthodologique scientifique — LA voie par excellence de la rigueur — explose (Turner, 2010). Dans la foulée de ce rigorisme paraîtront les premiers ouvrages de théories (Turner et al., 2010) et de méthodologies de la recherche (Drouin et al., 2013). Cette fois, la rigueur scientifique prend le pas sur la pertinence pratique en gestion de projet. Néanmoins, si certains mettent l’accent sur l’importance de la pertinence (Hällgren et al., 2012), d’autres militent en faveur de celle-ci en prenant comme prismes conceptuels et analytiques les concepts aristotéliciens de praxis (Lalonde et al., 2010) et de phronesis (Bredillet et al., 2015).
De toute évidence, le balancier est passé historiquement de l’orthodoxie de la pertinence à celle de la rigueur. D’ailleurs, les résultats d’une recension des écrits que nous avons récemment effectuée dans le Project Management Journal et l’International Journal of Project Management rendent bien compte de cette opposition.
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