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Justin Muantuali : Université catholique de Louvain
Notre objectif dans cette communication est de montrer de quelle manière le « rite zaïrois » de la messe fait face aujourd’hui au défi de la rencontre tradition-modernité-religion. S’il est vrai de dire que « l'inculturation » de la liturgie catholique en R. D. Congo a suscité l’enthousiasme au sein de la population congolaise, il sied également de noter (dans la pratique liturgique) quelques résistances vis-à-vis de certains éléments cultuels d’origine traditionnelle. La grande diversité d’origine des éléments traditionnels ne facilite pas une certaine homogénéité. Par conséquent, il y a diverses manières de les comprendre. Ils sont perçus à la fois comme une chance de renouer avec la culture originelle du peuple congolais mais aussi comme une résurgence d’un passé occulte (fétiches, esprit maléfique, etc.). En outre, les éléments modernes de cette liturgie « inculturée » s’appréhendent soit comme une occasion d’ouverture aux valeurs universellement partagées soit comme une négation des éléments traditionnels. La religion, par le truchement de la liturgie eucharistique, se présente comme le point de jonction entre tradition et modernité.
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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