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Les collections en leur absence : Jérôme Bel au MoMA et le tournant performatif

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Mélanie Boucher : UQO - Université du Québec en Outaouais

Résumé de la communication

Du 27 au 31 octobre 2016, le chorégraphe Jérôme Bel présentait la performance MoMA Dance Company au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, dans le cadre du programme Artist’s Choice. Par l’entremise de ce programme initié en 1989, le MoMA offre une carte blanche à un artiste afin de réaliser une installation à partir de ses collections, invitant ici pour la seule fois de l'histoire du programme un chorégraphe. Bel, qui accepta l’idée de la collection, n’utilisa pas en pratique les œuvres qui la composent. Il s’engagea plutôt auprès des employés qui les acquièrent, les préservent, les documentent et les mettent en valeur et qui voulurent bien danser chaque jour du projet, dans l’Atrium, sur les lieux et les heures de travail. Ce projet radical, particulièrement en regard du programme dans lequel il s’insère puisqu’il ne présente ni collections ni installation, interroge les rôles nouveaux qui sont accordés aux collections et à leur exposition à l’ère du tournant performatif des musées. L’idée d’un musée qui ne sert plus tant à donner à voir ou à comprendre qu’à faire l’expérience de ses œuvres se matérialise quand l’art, l’institution et le public sont amenés à performer. Ces initiatives participent au tournant performatif dans lequel le MoMA s’est résolument engagé il y a une dizaine d’années, tandis que le projet de Bel repousse à sa façon les possibilités d’usages des collections en redirigeant notre intérêt sur les individus qui en ont la charge.

Résumé du colloque

Les « nouveaux usages des collections » regroupent un ensemble de pratiques muséales qui ont vu le jour isolément depuis la fin des années 1960 et qui, avec le tournant du millénaire et le retour réflexif aux collections, se sont multipliées au sein des musées d’art. Ces usages forment une constellation de stratégies ayant une véritable incidence sur les types d’œuvres acquises, les modalités d’acquisition, les pratiques de conservation et les mises en valeur des collections qui sont envisagées par les musées. Ils en sont venus à transformer la nature du travail muséal et à décupler les possibilités de présentations en salle et en ligne. Ces nouveaux usages dynamisent aussi bien les collections contemporaines que les collections historiques qui, jusqu’à récemment, demeuraient associées par le public à la pérennité des expositions permanentes.

Ce colloque aborde, sous des perspectives théoriques, historiques et pratiques, la diversité des manifestations de ces nouveaux usages dans le but de contribuer à la revalorisation des collections au sein du musée d’art, d’étudier les nouveaux savoirs qu’ils engagent, d’analyser leurs conditions d’émergence et leurs conséquences pour la dimension patrimoniale des collections, tout en amorçant une réflexion sur l’ouverture des collections et la diffusion des connaissances qu’impose le tournant numérique. Le colloque s’inscrit dans le cadre des travaux du groupe de recherche et réflexion CIÉCO (Collections et impératif événementiel/The Convulsive Collections) réalisés sous la direction de Johanne Lamoureux. Entre 2014 et 2018, CIÉCO a notamment relevé l’apport des architectures spectaculaires des musées, des procédés de singularisation des œuvres (Lamoureux, 2017) et de la performance (Fraser, 2016-2017) aux nouveaux usages. Le groupe de recherche a pu démontrer que les « cartes blanches » octroyées aux artistes et, dans une moindre mesure, aux célébrités étaient le principal usage événementiel des collections des musées d’art à avoir fait l’objet de recherches soutenues (Boucher, 2018). En 2019, l’équipe élargie de chercheurs et de chercheuses ainsi que de partenaires muséaux étend le champ de ses recherches au-delà de la dimension événementielle pour examiner l’ensemble des nouveaux usages des collections.

BOUCHER, M., et G. CHEVALIER (dir.) (2018). Dossier « La carte blanche dans les collections : une stratégie évènementielle », Muséologies. Les cahiers d’études supérieures, vol. 9, no 2.

FRASER, M., et F.-A. DUBÉ-MOREAU (Hiver 2016 – printemps 2017). « Performer la collection. Comment le reenactement performe-t-il ce qu’il recrée? ». Dans BÉNICHOU, A. (dir.), Intermédialités, nos 28-29. <doi:107202/1041088ar>.

LAMOUREUX, J., BOUCHER., M., et M. FRASER (2017). « Looking at the One and Only: The Return of the Single-Work Show », Stedelijk Studies, no 5. https://www.stedelijkstudies.com.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
manager icon Responsables :
Mélanie Boucher
section icon Date : 30 mai 2019

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