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Penser les divisions du travail de care salarié : le cas des préposées aux bénéficiaires dans les ressources intermédiaires à Montréal

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Corynne Laurence-Ruel : Université de Montréal

Résumé de la communication

Notre communication expose les résultats d’une récente recherche qui a porté sur le travail des préposées aux bénéficiaires dans les ressources intermédiaires (RI) à Montréal. Malgré le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui touche sévèrement le réseau des RI en forte expansion depuis les dix dernières années, leur travail n’a pas encore fait l’objet d’une étude empirique. Notre objectif est donc de contribuer à la sociologie de ce métier de care en examinant le cas des RI et, plus précisément, les expériences des travailleuses concernées qui sont largement féminisées et racisées. En regard des principaux constats issus de la littérature féministe, nous discuterons les résultats de notre enquête concernant : 1) leurs conditions d’emploi ; 2) leur activité de travail et leurs tâches quotidiennes ; 3) leur rapport au travail, soit les manières dont elles l’investissent positivement et négativement. D’un point de vue théorique, cette recherche se propose de saisir, à la lumière d’une grille de lecture féministe matérialiste et des analyses en termes de « division raciale du travail reproductif » (Nakano Glenn, 1992 ; Duffy, 2011), les caractéristiques de leur travail dans le cadre des continuités des divisions sexuelle et raciale du travail au sein du rapport salarial et institutionnel.

Résumé du colloque

La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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